Robert Brasillach. Retour de captivité.

Ceci est un extrait du mémorandum écrit par R. Brasillach en prison, dans l’attente de son procès. L’idée, c’est de se préparer aux éventuelles questions. Cette lecture permet de comprendre les motivations de l’auteur durant la période de la collaboration. L’original ayant été perdu, quelques mots peuvent manquer, lesquels sont annotés entre crochets. 


D. : Comment avez-vous été libéré de votre captivité en Allemagne ?

R. : J’ai été fait prisonnier le 22 juin 1940 avec l’armée de l’Est que commandait le général Condé. Une demande de libération fut adressée en juillet par le ministère de l’Information du gouvernement français au gouvernement allemand, qui a libéré dans le seul mois de juillet environ 200 000 prisonniers : fonctionnaires, agents des services publics, etc. Il ne faut pas oublier que dans l’ensemble un million de prisonniers a été libéré : est-ce que cela fait un million de traîtres ? Le gouvernement me réclamait au titre du ministère de l’Information afin de me confier un poste. La demande fut adressée à la commission de l’armistice de Wiesbaden, et y fut portée par le capitaine Henri Massis, attaché au général Huntzinger. Elle mit fort longtemps à aboutir, et avait été, je crois, renouvelée. Lorsque je fus libéré, fin mars 1941, je le fus avec un lot de camarades réclamés comme fonctionnaires ou assimilés à des fonctionnaires, en particulier du ministère des Finances. (Tous les régimes ont toujours besoin de collecteurs d’impôts, ce n’est pas toujours l’avis des contribuables). Je demandai à quel titre j’étais libéré : les officiers français qui s’occupaient des besognes bureaucratiques du camp me dirent que j’étais également réclamé par le gouvernement. Je n’ai eu à ce sujet aucune entrevue ni aucune explication, encore moins aucun marchandage de la part des Allemands du camp.


D. : Dans ces conditions, comment êtes-vous rentré à Paris et non à Vichy pour vous occuper d’un journal qui n’était pas un organe officiel ?

R. : Je suis partout paraissait depuis deux mois quand je suis rentré à Paris, où se trouvait mon domicile. Tout naturellement, mes anciens camarades du journal m’y offrirent la place que j’y avais avant la guerre. Mais on me demanda aussitôt de venir à Vichy, au ministère de l’Information, puisque c’était le ministère qui m’avait réclamé. J’eus un entretien avec des officiers de marine du cabinet de l’amiral Darlan, alors chef du gouvernement et ministre de l’Information. On me proposait de devenir Commissaire du gouvernement au cinéma français. J’étais l’auteur, en collaboration, d’une Histoire du Cinéma, qui devait d’ailleurs reparaître sous l’Occupation malgré le vif éloge qu’elle fait du cinéma américain, quelque quarante pages consacrées à Charlie Chaplin, et l’éloge qu’elle fait du cinéma soviétique, considéré par nous comme le modèle d’un cinéma neuf et révolutionnaire. Cette Histoire du Cinéma a été traduite en Amérique par un organisme officiel de façon à servir de base à l’enseignement. J’alléguai néanmoins que mes connaissances étaient d’ordre artistique et historique, et que j’ignorai la technique et l’aspect financier du problème. On insista pour que j’accepte. Je finis par me décider, et nous envisageâmes même, à Je suis partout, les modalités de mon départ du journal en tant que rédacteur en chef. Je pris contact avec les services officiels du cinéma, je m’installai rue de Babylone, où je reçus tout de suite quelques visites. On me dit en juillet que ma nomination était signée. Mais M. Galey désirait le poste. Il me téléphona un beau matin, quarante-huit heures après que ma nomination m’eut été annoncée par lui-même, que les Allemands qui n’en avaient pas été avertis, s’y opposaient. Je partis pour Vichy, où je déclarai que je ne voulais pas mendier aux Allemands l’autorisation d’occuper un poste dans un ministère français, et les choses en restèrent là. Je n’avais donc plus qu’à conserver mon poste de rédacteur en chef de Je suis partout, que j’occupais, encore une fois, avant la guerre. M. Benoist-Méchin, sous-secrétaire d’État auprès de l’amiral Darlan, fut chargé par celui- ci de demander à l’hôtel Majestic les raisons du refus allemand. On lui dit qu’on voulait que je vienne demander ce poste moi-même. Il répondit que c’était peu probable que j’accepte.


D. : Vous avez publié fin mars, alors que vous étiez encore en captivité, un article dans Je suis partout. Comme l’avez-vous fait parvenir ?

R. : Je partageais la chambre du camarade qui s’occupait de la destination du courrier. Je venais d’apprendre que Je suis partout avait reparu. Trop de souvenirs et d’amitiés m’attachaient à ce journal pour que je ne désire pas y écrire. Je m’en ouvris à ce camarade, qui me dit qu’il se chargeait aisément de faire parvenir cet article en France. J’y exprimai mon adhésion à la politique qui était alors très populaire auprès des prisonniers, qui y voyaient le moyen de relever la France et de préparer leur retour, et il se chargea de le faire transmettre. Rien n’était d’ailleurs plus facile, et j’ai moi-même, par la suite, reçu plusieurs fois des lettres en dehors du courrier ordinaire, ou des articles, ou le texte de conférences prononcées dans les camps : certaines ont été faites sous l’égide des Cercles Pétain, par des prisonniers qui font semblant aujourd’hui d’avoir toujours appartenu à la Résistance, et que j’aurai la charité de ne pas nommer.


Robert Brasillach. Les raisons d’un engagement (Mémorandum écrit par Robert Brasillach pour la préparation de son procès).