Léon Degrelle. Les découvertes modernes.

Les découvertes modernes ne vont-elles pas tout sauver ?

Les progrès scientifiques du monde contemporain sont souvent éblouissants. Mais leur brillance ne cache-t-elle pas leurs déficiences ?

Grâce aux trouvailles génétiques et pharmaceutiques de la recherche contemporaine et à leur éparpillement mondial, on vit plus vieux ; les femmes qui, on le sait, ne meurent jamais, ont dépassé maintenant la moyenne d’âge de quatre-vingts ans Elles adorent être prises pour de frétillantes bergerettes. C’est merveilleux! Mais qui paiera les pensions de ces millions d’intrépides octogénaires ? Et celles des hommes qui, vite, voudront en faire autant ?

Et les millions de tonnes de médicaments supplémentaires que ces perclus, ces chevrotants, ces bronchiteux, ces tordus, réclameront en chœur à la Sécurité sociale ?… Et les milliers d’immeubles où héberger ces vieillesses prolongées ?

Et les distractions, les voyages qu’il faudra organiser pour adorner de rêves romantiques les cerveaux affaiblis et les corps brinqueballants ?…

Les États, écrasés sous leurs charges actuelles, auront à affronter à l’avenir ces charges supplémentaires. Celles-ci doubleront le fardeau sous lequel, déjà, les gouvernements s’écroulent.

Pour alimenter ces fonds de vieillesse sans cesse prolongée, insondables comme le tonneau des Danaïdes, il n’y aura plus, faute de naissances, qu’une moitié de travailleurs cotisant à la Sécurité sociale Alors, là encore, d’où sortiront-ils bien les milliards des vieux et des vieilles indestructibles ?…

Les cervelles des chercheurs distillent des centaines d’autres merveilles, étoilant l’ombre.

C’est vrai.

On est parvenu, par exemple, à doubler la production du lait. Résultat : les Américains jettent celui-ci dans leurs rivières ! Et les Européens ont dû stocker dans leurs frigos du Marché commun un milliard de kilos de beurre invendable !

Entre-temps, d’ailleurs, des centaines de milliers de femmes et de gosses meurent de faim et de soif dans un monde où les avions vont de Paris à Tokyo en quelques heures, mais où une boîte de lait en poudre, ou un pot de yogourt, mettront un an pour arriver, ou pour ne pas arriver, dans les pays affamés !

Souvent, on ne s’y retrouve plus. En Russie, on fait du café avec des briques ; au Brésil, on fait des briques avec du café !

D’autres inventeurs ont fait pousser à leur croissance maximale, en un demi-laps de temps, d’honnêtes bestiaux de toutes les espèces. Résultat : on ne sait plus où fourrer tant de viande saignante, et on se bagarre aux frontières pour assaillir et pour brûler les demi-moutons et les demi- cochons dont les Anglais et les Danois ne savent plus que faire !

À force d’astuces, d’intelligence, de passion du neuf, on est arrivé à faire de la télévision une véritable merveille. Résultat encore : les foules restent collées devant leur écran pendant trois heures et demie par jour ; elles finissent par être complètement déboussolées, à la merci de n’importe quelle langue d’aspic ou de n’importe quel baragouineur. Elles gobent, ravies, les insanités les plus déconcertantes. Elles décident de leur sort et de celui des autres, selon des déversements de racontars, de bobards, d’affabulations. Elles ne pensent plus, guidées non plus par des idées mais par des images, répétées, hallucinantes souvent, et presque toujours destructrices de la personnalité.

Trois minutes de télé ont mille fois plus d’impact que cent études objectives de savants ou de spécialistes, qui, eux, atteindront à grand peine deux ou trois milliers de lecteurs, alors que le gigolo de l’écran aura deux ou trois millions de spectateurs béats, conquis à l’avance à ses sornettes.

La télévision est la grande empoisonneuse du siècle. Il suffit que quelques speakers soient installés à ses postes-clés par quelques personnalités politiques bien placées ou par des manipulateurs d’argent, jonglant avec les milliards qui règlent la vie des chaînes. Ces donneurs d’embrassades font l’opinion, dominent l’opinion, tourneboulent l’opinion. En vertu de quel droit ?… Que reste-t-il de « démocratie » au bout de tel embobelinage de foules encagées ?

Zéro !

Les confituriers du micro et ceux qui sont au-dessus d’eux font la loi, la seule loi. Chaque jour, cette domination est plus étouffante.

Les hommes filent comme des flèches à la Lune, à Neptune, à Jupiter, comme on irait à Lourdes ou à Sestrières.

La force nucléaire peut déployer des milliers de bolides de feux, étincelants, foudroyants, entre les déserts de l’Arizona, les glaces de Sibérie et les sables à pétrole du Koweit !

Mille découvertes ahurissantes mettent ainsi le monde, les affaires, les foyers à la portée de chaque chercheur ou de chaque gêneur.

Mais le bilan ?

Avance-t-on ?

Est-on plus heureux ?

Ou le bonheur se dégrade-t-il ?…

Dernièrement, à la frontière mexico-américaine, on a constaté que vingt-huit ouvrières d’une fabrique de cosmétiques avaient, en une seule année, accouché de vingt-huit enfants sans cerveau !

Hasards ?

Contre-coups d’inventions mal calculées ?

En tout cas vingt-huit mères désolées ont pu bercer pendant quelques heures dans leurs bras des bébés amorphes dont le cerveau avait été sucé par des inventions monstrueuses ou miraculeuses !

Le monde futur sera perché, sans nul doute, sur un énorme point d’interrogation.

Malgré tout, ce monde nouveau, un jeune doit, sans regrets vains, l’assumer tel qu’il est. Avec ses tares, mais aussi avec ce qu’il peut avoir d’exaltant, ces horizons infiniment élargis ; ces sports, défigurés souvent par l’usage des drogues mais régénérés par les disciplines et les harmonies de l’émulation ; ces possibilités de connaissances nouvelles recueillies grâce aux voyages, sa culture plus exacte et plus étendue, même si elle bafouille parfois dans le méli-mélo et dans l’absurde.

Les réformateurs de génie grimperont sur le char du XXIe siècle, mais ils n’empêcheront pas que d’énormes problèmes d’ordre économique et social assaillent un monde déjà submergé par les complications politiques, sociales et raciales.

Ces complications, si l’Europe veut survivre, elle devra coûte que coûte les surmonter. Tel est le défi d’aujourd’hui, le défi tout cru, qui effraie les faibles mais qui doit stimuler le cœur des forts.

Défi qui ne relève pas seulement des circonstances d’un jour ou d’un temps, mais qui s’étend à tout ce qu’il y a de plus profond et de plus permanent au fond de l’être humain, quel qu’il soit.

Si Hitler redescendait demain du Walhalla et réapparaissait à boulevue à la Chancellerie du Reich, il aurait certainement à recourir à de nouvelles conceptions, à de nouvelles méthodes et à transformer profondément son œuvre de création. Il ne reprendrait pas tous les vieux projets restés en route, il maintiendrait fermement ses principes mais il les moulerait sur les nécessités du présent. Ses vues sur le problème de l’agriculture, ou sur la collaboration des femmes à la vie publique, ou sur l’écologie — dont il fut, en 1933, le véritable fondateur — et sur la répartition raciale des peuples, voire même sur l’ajustement planétaire des richesses, subiraient, sans nul doute, des retouches ou mêmes des réalisations différentes de celles qui ont marqué la première moitié du XXe siècle.

Léon Degrelle, « Appel aux jeunes européens », 1992.