Léon Degrelle. La puissance de l’Asie et le drame de l’Afrique.

Les bousilleurs de l’Europe de l’Est et de l’Europe de l’Ouest, ainsi que les loups-cerviers des États-Unis (que M. Bush continue ou non à promener à la Maison-Blanche sa bobine en pot de vinaigre) auront, tombés dans tous le grand ravalement que nous avons décrit, à faire face, à l’extérieur, dès à présent, à d’importantes forces nouvelles qui risquent de leur scier le dos au cours du siècle prochain.

Le XXIe siècle, en effet, sera, avant tout, le siècle de l’Océan Pacifique.

Non seulement celui du Japon, de la Corée, de Taïwan, de Hong-Kong, de Singapour, féconds en expédients et déjà en pleine efflorescence. Mais aussi d’un milliard et demi de Chinois, travailleurs, sobres, portant dans leur intellect la synthèse de plusieurs milliers d’années de très haute civilisation.

Ces Chinois, déportés, sous Mao, par cinquante ans de marxisme, ont entrepris, avec beaucoup de sagesse, de réussir d’abord leur modernisation économique, au lieu d’opérer sottement, comme les Gorbatchev et les Eltsine, une révolution politique, automatiquement condamnée à l’échec parce que la substance même de ces pays avait disparu, et parce qu’on ne leur offrait, comme substituts au communisme, que des modèles désuets, corrompus et ayant échoué partout.

Les Chinois agirent exactement à l’inverse de Moscou : ils rebâtirent l’économie avant de jouer aux réformateurs politiques. Ils inventèrent, comme l’avaient fait les Japonais, des méthodes de pointe. Et ils créèrent, comme eux, une solidarité sociale qui double autant le rendement du travailleur que celui de l’industriel.

Résultat : restructurés, les Chinois pourront, avant vingt-cinq ans, rejoindre, de leurs vastes cohortes, la masse des deux milliards d’Asiates, tenaces, possédant la technique la plus avancée du monde.

Tous ensemble dresseront leur unité richissime face à une Europe des « démocraties », mal unie, ou désunie, cinq fois moins nombreuse, au sang soufflé par le sida, gangrenée par des millions de nouveaux venus insolites fuyant l’Afrique ou s’infiltrant de l’Est.

Elle sera, au surplus, vidée de sens moral, d’idéal social, de foi en elle-même. Elle ne fera plus le poids.

Malgré tout, nous ne pouvons pas nous acagnarder stupidement dans notre veminière européenne. Nous devons tirer les leçons, de dure digestion, des découvertes techniques et des méthodes sociales si efficaces du monde jaune. Le tout, sous peine de périr… politiquement déséquilibrés ?

Les États-Unis, dérapant dans leur boulimie tapageuse (et, eux aussi, finalement, saignés à blanc par des déficits astronomiques) ne feront pas de cadeaux si ceux-ci ne rapportent pas. Or, que pourraient-ils rapporter ?

Ils laisseront aux ex-colonies quelques rebuts agricoles, généralement invendables ; histoire de sauver les apparences. Le robinet se refermera aussitôt après.

L’Europe, prise à la gorge par ses propres problèmes, ne se fourvoiera pas exagérément, elle non plus, dans ces immensités désormais désolées.

La Croix-Rouge, les médecins volontaires, les quelques livraisons chaotiques de rations de survie à deux ou trois pour cent des nécessiteux africains, ne seront que de pauvres emplâtres sur des os desséchés.

Là encore, on voit quelle a été la folie des vainqueurs de 1945, jetant à l’aveugle le quart de l’humanité à l’abîme. Russie, Asie, Afrique, problèmes gigantesques que les 6 % d’Européens auront à affronter tout au long du siècle prochain.

Léon Degrelle, « Appel aux jeunes européens », 1992.