Lettres du piédestal.

Historique.

Ce qui suit est une transcription instantanée de messages détaillant la future rupture d’une relation de 8 mois. Notre héroïne, dans ce conte classique de l’homme beta consciencieux contre l’homme Alpha mémorable, avait récemment emménagé avec notre sujet Beta, après une relation Alpha tumultueuse de deux ans avec « Chris » (les noms ont été changés). À partir du moment où elle a accepté de vivre avec notre homme beta, elle avait commencé à penser à son ancien amant Alpha. Chris était un musicien qui avait déménagé dans une grande région métropolitaine pour « faire carrière ». Il était l’archétype parfait du créatif, mais souffrait des maladies habituelles de ces gens-là : abus de drogues, trop centré sur lui-même – en fait, la recette parfaite pour créer un artiste Alpha. Inutile de dire que c’est ce qui a conduit à la première rupture.

Faute d’une relation plus stable, et d’un endroit où séjourner, notre héroïne commence une relation avec notre homme beta. Ils avaient été « amis » pendant longtemps, et il avait été si disponible lorsqu’elle était en couple avec Chris, que cela semblait comme un ajustement naturel pour elle de se mettre en couple avec l’homme beta. Plus de chaos, juste le confort terre-à-terre d’une relation avec un « ami familier ». Inutile de dire que les choses ne se sont pas passées comme prévu, et les appels téléphoniques secrets, et les voyages pour visiter l’ancien amant Alpha, ont commencés.

Avant de lire cette analyse, je tiens à exprimer que mon objectif ici c’est d’étudier l’homme Beta, et je souhaite détailler certaines des idées fausses les plus courantes des hommes qui sont encore branchés sur la matrice. Oui, les comportements de notre héroïne sont cruels, mais dans cette étude, ces comportements ne servent qu’à illustrer les machinations de l’esprit beta. Elle est irréprochable ? Absolument pas. Suit-elle son impératif hypergamique ? Absolument.

Le commentaire de l’homme Beta est en bleu :

On dit que l’absence fait grandir le cœur, tu l’as prouvé en revenant avec Chris.

Je ne t’ai jamais moins aimé ou je n’ai jamais cessé de prendre soin de toi quand on était ensemble. Tu disais que j’avais abandonné, que j’ai arrêté d’essayer, après t’avoir gagné.

Cette déclaration ici est une illustration parfaite de ce que j’appelle une « mentalité de rareté ». Comme si le cliché initial n’était pas assez mauvais, il se réfère à sa mise en couple avec elle comme le fait de « te gagner ». Cela place son attention à elle, son désir à elle, comme une récompense pour lui – un pré-conditionnement classique de l’homme beta. ELLE est le PRIX à gagner, plutôt que de faire en sorte que cela soit LUI le PRIX qui doit être recherché. Cette mentalité est une confirmation instantanée d’un manque de confiance. C’est elle qui devrait apprécier sa propre estime de lui-même et son identité, et elle devrait avoir le désir d’être associé à lui, mais dès le début, il la met sur un piédestal et lui confirme qu’il est de moindre valeur. Très mauvais départ. En outre, sa référence à un vieux cliché n’est qu’une illustration de plus de son manque de profondeur, de son manque d’expérience ; il est simplement en train de crier : « je suis un homme beta ».

Ce n’est pas vrai, le moins du monde. Je n’ai jamais cessé d’essayer, c’était la première fois que j’avais jamais été dans une relation avec toi et la première fois que nous avions vécu ensemble, et au cours des 4 premiers mois de notre relation, nous avons seulement été en compagnie l’un de l’autre pendant 12 jours. J’essayais de me mettre à l’aise avec toi. C’était quand même un peu bizarre au début puisque je ne t’avais pas parlé depuis si longtemps et qu’on était ensemble. Tellement génial et si soudain, mais c’est ce qui a rendu les choses intéressantes. Je n’ai jamais cessé de faire de mon mieux pour toi, je n’ai jamais cessé d’être spontané avec toi.

Ici, et dans le commentaire précédent, il l’interprète ce qu’elle lui a dit (« tu as abandonné ») comme une accusation, c’est-à-dire qu’il aurait renoncé à la relation – ce n’est pas le vrai message, le vrai message c’est qu’il a renoncé à lui-même et à sa propre identité, pour mieux s’identifier à elle et l’accueillir dans sa vie, afin de sécuriser et de maintenir son intimité (sexuelle). Comme je l’ai déjà dit, il va « faire n’importe quoi » pour la rendre heureuse et c’est précisément la raison pour laquelle elle n’a aucun respect pour cet homme beta. Je pense que c’est là que le principal point de conflit est enraciné. Il a une incompréhension fondamentale de ce qu’elle voulait dire en disant « il avait abandonné ». Il pense qu’il ne s’est pas identifié assez, ou n’a pas dû comprendre la combinaison secrète de gestes romantiques qui ferait en sorte qu’elle le désire, parce que la société a mentalement ancré en lui l’idée qu’une femme devrait toujours être considéré comme un prix à « gagner ». C’est la racine de sa propre frustration parce que ses paroles et ses comportements contredisent ses attentes égo-investies de lui-même et ses idées préconçues de la façon dont les relations devraient être. Donc, par conséquent, il retombe sur la victimisation comme défense – selon son schéma mental, il a tout fait comme la société le préconise, et c’est pourtant elle qui a été malhonnête.

« Oui, j’ai gagné son cœur, enfin, il est temps de s’asseoir et de se détendre ».

Encore une fois, nous sommes dans la comédie romantique « nuit blanche à Seattle » ; mais là aussi, encore une fois, il réaffirme sa position de supplication en faisant de son « cœur » un PRIX à gagner.

Jamais je ne penserais ça. Rien n’a été gravé dans la pierre, tu pouvais me quitter à tout moment et pour n’importe quelle raison. Je savais que tu étais toujours indépendante.

J’essayais juste d’arriver sur un terrain confortable avec toi. Ah ! Nous n’avons vécu ensemble que 5 mois, en 5 mois, de juin à octobre, c’est quand tu as formé ton opinion, parce que tout était fini en Novembre quand tu avais décidé que tu aimais Chris plus que moi.

Encore du mélodrame, mais plutôt que de repenser à ses propres actions, et considérer les retombées de son choix de vivre avec une femme (qui avait besoin d’une maison et qui était fraîchement ressortie d’une relation intense), il préfère jouer la victimisation à nouveau et faire un plaidoyer de circonstance. Selon toute vraisemblance, l’opinion de la femme sur Chris et sur lui étaient déjà fixés, mais il reproche cela à elle parce que cela correspond plus facilement à ses idéaux romancés (et féminisés). Je vous jure, cet homme devrait entrer dans une troupe de théâtre quand il sortira de l’université, il serait brillant. Mais je ne peux pas laisser cette femme hors de toute accusation ici – elle savait dans quelle condition elle se trouvait et ce gars était pratique pour elle. C’est juste qu’elle paie pour cette erreur de jugement.

Avant que tu décides que tout ce que tu avais fait était une erreur et que tu regrettais d’être venu ici, et de sortir avec moi.

Tu as même dit ça. Tu m’as dit ça, alors qu’est-ce que ça dit sur toi et sur toute notre relation. Tu penses que j’ai arrêté d’essayer et que j’aurais juste aimé que tu ne sois jamais venu ici et/ou que tu ne sois jamais sorti avec moi.

Voir mes autres commentaires, je pense que j’ai abordé ça assez bien. Il comprend mal que « essayer » n’a rien à voir avec la relation, mais doit s’entendre comme « se construire et se consacrer surtout à soi-même ». Il trouve alors plus facile d’accommoder ses propres relations imaginaires idéalisées contre ses indiscrétions. Elle est la fautive maintenant (et à juste titre), alors qu’avant elle était son idéal, parce que cela entre en conflit avec son récit mental romantique.

Alors lequel est le plus foutu, je pense que c’est toi. Me regretter, avoir des sentiments pour Chris, sentiments qui ont commencés à me pousser dehors 5 mois après être arrivé ici et pour de bon 7 mois plus tard. Alors oui, quand tu penses et que tu te dis que je n’étais pas un bon petit ami, parce que ses défauts étaient trop grands. Il se souciait trop, ferait trop pour moi et arrêterai d’essayer après que je lui ai donné quelques mois de ma vie, avant que je le pousse totalement hors de mon cœur et décide que Chris était mon objectif principal.

Notre homme beta malheureuse est dans le vrai, mais pour les mauvaises raisons.

Je ré-exprime l’évidence ici, mais cela montre qu’il aime le temps qu’il passe à concocter des moyens de la confronter au sujet de la justesse de ses efforts afin de la faire changer d’avis. Il tombe dans le même piège de pensée binaire dans lequel la plupart des hommes betas tombent également – « Si je peux juste plaider mon cas assez bien, et assez logiquement, tout en appliquant une bonne quantité d’indignation, de culpabilité et de conviction, elle verra que je suis le petit ami parfait et elle me désirera à nouveau ». Cette logique est impeccable quand vous êtes un avocat ou lorsque vous participez à un débat, mais l’homme beta n’a pas encore réalisé que le désir et l’attraction ne peuvent pas être négociées. Il consolide l’idée qu’elle se fait de lui, c’est-à-dire qu’il est un homme beta, en employant la honte comme stratégie, dans un effort pour engendrer chez elle un sentiment de culpabilité, car il pense que ce sentiment de culpabilité la fera revenir à lui, et qu’elle l’aimera à nouveau. 

Il s’agit d’une leçon très importante que les hommes betas doivent retenir : faire ressentir de la HONTE, de la culpabilité, ne rendra jamais une femme attirée par vous. Vous pouvez avoir un raisonnement justifié à 100 %, dans votre jugement sur le comportement ou le caractère d’une femme, mais en lui faisant prendre conscience de cela, vous ne ferez que générez chez elle un ressentiment pour vous – surtout si vos estimations sont correctes. 

Tu étais bien pire dans la relation que moi. Parce que donnez un peu de ton temps et exprimer tes préoccupations aurait rendu les choses différentes. Les relations sont une question de changement pour les deux parties concernées. Tu n’es jamais venu me voir avec les problèmes que tu avais. Tu ne t’intéressais pas assez à moi pour faire ça, comme si tu cherchais une excuse.

Il est important de se rappeler ici que c’était la première « vraie relation » que cet homme a connue. Aurait-il su que « les relations sont une question de changement » en raison de ses nombreuses relations passées et fructueuses ? Non, mais sa longue vie de conditionnement dans la matrice lui a appris que c’est « ce qu’on attend des gens dans une relation ». Ici, il la qualifie contre ses propres idées préconçues et essaie de se faire passer pour le martyr plutôt que de se rendre compte qu’il est tout aussi coupable qu’elle pour avoir même permis à la « relation » de se produire. Lorsque les comportements réels des femmes entrent en conflit avec le conditionnement centré sur la femme de la vie des hommes betas, les mondes entrent en collision.

Tu es venu voir Chris, tu lui as dit ce qu’il fallait changer, en fait, tu lui as donné un ultimatum. Tu lui as donné beaucoup de chances au cours des 2 ans. Tu l’aimais assez pour faire ça, tu le voulais dans ta vie.

Une deuxième chance, une troisième chance, une quatrième chance, toutes les « secondes chances » sont pour les Alphas. Les hommes betas doivent être absolument parfait et irréprochables dès le début jusqu’à ce qu’ils atteignent, à peu près, le statut d’Alpha dans l’estimation d’une femme. Les Alphas peuvent échouer à beaucoup plus de tests, alors que les hommes betas n’auront jamais la chance de passer d’autres tests s’ils échouent aux premiers d’entre eux. 

Notre homme beta ne peut pas regarder au-delà de son propre drame pour se demander pourquoi elle a laissé à Chris plus de temps et comment cela peut s’appliquer à lui-même. Même quand elle est partie, Chris était toujours lui-même, il était le PRIX, pas elle. Dans l’état d’esprit beta standard, il interprétera Chris comme un être indifférent ou insouciant envers elle, et essayer de jouer cela comme une carte en sa faveur, mais le sous-texte de ce phénomène est qu’elle avait du respect et des sentiments pour Chris, bien après qu’elle ait rompu avec lui (5 Minutes d’Alpha) et son sens de l’identité est ce qui a planté la graine du doute dans sa tête à elle. Les hommes betas n’accepteront jamais cela tant qu’ils n’auront pas réévalué leur propre pré-conditionnement. En attendant, notre homme beta va commodément utiliser le retour de son ex vers Chris pour renforcer la propre estimation qu’il a d’elle, utiliser l’indifférence de Chris comme « levier » dans la plaidoirie de son cas (la honte, la culpabilité) pour se définir et se présenter comme un choix de petit ami logiquement meilleur, et affirmer ses propres croyances dans le jeu de séduction de l’homme beta. Il pourrait être intéressant de comparer ce qu’elle ressent à l’idée de quitter l’homme beta à ce qu’elle ressentait lorsqu’elle a quitté Chris.

Tu n’as pas fait ça pour moi, pas du tout. Tu as pris ta décision dans les 6 mois suivant notre arrivée ici ensemble. Chris était dans ton cœur tout le temps. Je ne t’ai jamais eu.

J’étais amoureux de toi et tu pensais seulement que tu étais amoureuse de moi. Donc ne pense jamais que tu as mal fait et que c’est moi qui étais fautif.

Mes défauts n’étaient rien, et tu sais que dans ton cœur, ils n’étaient rien qui n’aurait pas pu être facilement changé avec un peu de temps. Ce n’était pas des défauts qui auraient brisés la relation.

Je ne dis pas que je me sens de cette façon, je dis que c’est ce que je pense et je crois que c’est absolument vrai. Au moins pour une partie.

Ici, il est à la recherche de l’absolution de ses efforts, en utilisant le seul ensemble de compétences psychologiques qu’il a jamais développé – celui d’un adolescent. Il nourrit son émotion en concoctant des scénarios rhétoriques au sujet de son ex, il aimerait que ces scénarios soient vrais afin de réaffirmer son idéalisme bien-pensant d’homme beta, alors qu’en fait, toute cette expérience est essentiellement un défi à son ego-investissement dans le romantisme. Quand quelque chose attaque cet investissement, cette chose attaque aussi sa personnalité parce qu’il l’a intériorisé pleinement. Donc, afin de se protéger (et parce que c’est plus facile que l’auto-analyse), il transfère le blâme vers elle, qui est coupable de ne pas avoir joué le rôle de sa petite amie parfaite. Elle devient imparfaite pour ne pas affirmer son idéalisme. Une « femme de qualité » devient « une femme endommagée ». 

Épilogue.

Peu de temps après, notre héroïne a quitté notre sujet et s’est temporairement remise avec son ancien amant Alpha. Ça n’a pas duré longtemps. Malgré toutes ses qualités d’Alpha, il était toujours le même looser qu’elle avait quitté. Peu de temps après, elle a finalement épousé un autre Alpha avec la même confiance en soi, mais qui avait de meilleures perspectives à long terme. Son mari était, et est toujours, le prix pour elle, et c’est ce qu’elle voulait, un prix.


Source : « Letters from the Pedestal » publié par Rollo Tomassi le 19 mars 2012.  

Illustration : Plush Design Studio.