La conspiration hypergame.

Rollo Tomassi : 

« L’hypergamie est un mécanisme de survie sélectionné par l’évolution ».

Aunt Sue :

« L’hypergamie indique qu’une femme cherche un homme au statut plus élevé qu’elle, pour le mariage. Rien de moins, rien de plus ».

Escoffier :

« Je ne pense pas que cela soit juste.

La théorie est plus comme ça, d’après ce que j’ai lu. L’hypergamie est la préférence naturelle (c’est-à-dire génétiquement programmée) d’une femme pour un mâle de statut plus élevé, c’est-à-dire un statut plus élevé qu’elle-même, et aussi un statut plus élevé que les autres hommes dans son champ de vision, et peut-être aussi, un statut plus élevé que les hommes qu’elle a connus dans le passé, et même (aux extrêmes du spectre) un statut plus élevé que la plupart des hommes qu’elle peut personnellement imaginer rencontrer. Cela traverse une gamme de relations possibles, du « coup d’un soir » au mariage. Dans tous les cas, les femmes préfèrent naturellement l’homme au statut le plus élevé qu’elles puissent obtenir. Et parfois, elles désirent tellement se mettre avec un homme ayant un statut élevé, qu’elles refuseront de se mettre avec un homme qu’elles auraient pu obtenir. 

Dans cette définition, le « statut » a une signification multiple. Certaines choses sont corrélées avec un statut élevé, par exemple l’argent, le prestige, le statut social, etc. Cependant, un homme peut avoir tout cela et avoir quand même un statut peu élevé, en raison de son comportement personnel (c’est-à-dire qu’il se montre dans le besoin, nécessiteux). Le statut mâle le plus élevé possible serait d’être riche, beau, en forme, bien habillé, « bon parti », avoir un emploi de prestige (de préférence un emploi qui implique du risque, le risque physique étant mieux que le simple risque monétaire), et aussi d’être extraverti, dominant, d’être le « chef » de son groupe d’amis, en mesure de commander n’importe quelle situation sociale, et ainsi de suite. Cependant, les femmes sont « programmées » pour être excitées davantage par des traits COMPORTEMENTAUX plus que par les traits SUBSTANTIFS. Donc, si vous devez choisir l’un ou l’autre, pour obtenir des femmes, devenez socialement dominant tout en étant un « perdant de la société » et fauché, plutôt que d’être « socialement maladroit » tout en étant un « gagnant de la société », riche. Mais mieux vaut être les deux, si possible.

En ce qui concerne le mariage, les femmes, évidemment, veulent se marier dans la classe sociale supérieure. Mais cela n’épuise pas les effets de l’hypergamie. Les femmes peuvent se marier dans la classe sociale supérieure –  à la fois intrinsèquement et dans leur propre esprit – et encore abandonner leur mari parce que quelqu’un de « meilleur » vient d’arriver dans leur vie. C’est l’hypergamie en action.

En outre, lorsque les femmes sont à la recherche de relations de court et moyen terme, l’hypergamie n’en a pas moins de force pour autant. Elles préfèrent toujours le mâle le plus socialement dominant qu’elles peuvent obtenir. C’est souvent relatif (A et B sont tous les deux un peu ennuyeux mais A est plus alpha que B et puisque je veux quelqu’un MAINTENANT je choisis A) mais parfois c’est plus « intrinsèque » (A et B sont tous les deux un peu ennuyeux et même si A est un peu plus alpha, puisque je n’ai pas besoin d’avoir quelqu’un MAINTENANT, je vais essayer de tout avoir).

Il ne s’agit pas que de mariage. Il s’agit de la sélection des compagnons à travers la gamme des circonstances.

C’est en tout cas ainsi que je crois que la manosphère comprend « l’hypergamie ».

Aunt Sue :

« Oui, parce que la manosphère a créé cette définition. Les chercheurs de reconnaissent pas cette définition. C’est du jeu de séduction à l’état pur ».

La principale raison pour laquelle je ne participe que sporadiquement aux fils de commentaires du Blog de « Aunt Sue », c’est parce que les gemmes de conversation comme celle-ci ont une tendance marquée à être enterrées sous, parfois, des milliers d’autres commentaires. Je pense que c’est vraiment dommage. Ici, je voulais attirer une attention particulière sur la différence d’interprétation des termes en ce qui concerne la dynamique de l’hypergamie.

Escoffier fait une analyse astucieuse de l’hypergamie dans une perspective beaucoup plus large que la « définition approuvée » que les « chercheurs » sont prêts à reconnaître. Dans le côté fémino-centrique des choses, nous avons Aunt Sue qui rejette l’hypergamie (deux fois) dans ce contexte, comme étant une fabrication de l’ensemble de la manosphère, et que ce n’est donc pas une analyse légitime. Une rose est une rose, et comme je l’ai dit dans les articles précédents, l’hypergamie est un terme qui devrait avoir une définition beaucoup plus large lorsqu’elle est considérée dans le contexte de l’impératif féminin et des comportements féminins éminemment observables qui se manifestent à la suite de l’influence de l’hypergamie.

Que le terme « hypergamie » soit si inutilement limité dans sa définition, et de telle manière que cela serve à confondre délibérément une meilleure compréhension de ce concept comme une impulsion évolutive de la psyché féminine, en dit long sur l’importance de maintenir son incompréhension en rapport avec l’impératif féminin.

Il est presque ironique que l’ego féminin collectif doive même avoir besoin de daigner reconnaître l’hypergamie dans les termes décrit comme dans la réponse « par défaut » de Aunt Sue. « L’hypergamie indique qu’une femme cherche un homme au statut plus élevé qu’elle, pour le mariage. Rien de moins, rien de plus ». Cela oblige le féminin à accepter, au moins à contrecœur, que les femmes fondent en fait leurs perspectives d’engagement à long terme sur le statut (tel que défini par les chercheurs), et non sur une âme-sœur éphémère, précepte émotionnel. Que Dieu interdisse que les hommes (les doctorants comme les autres) aient la témérité d’extrapoler toute autre implications sociales, psychologiques ou évolutives, qui auraient pu influencer cette dynamique d’hypergamie dans l’existence.

Bien que je ne critique pas l’autorité des chercheurs que Aunt Sue va sans aucun doute citer – je cite souvent moi-même ces mêmes chercheurs dans d’autres messages et commentaires – je vais cependant affirmer que son interprétation (comme c’est le cas pour tout le monde) est sujet à des préjugés. Et dans ce cas, ce biais sert l’impératif féminin en « gardant » la définition de l’hypergamie d’une manière aussi restrictive que possible au profit du féminin. Dans la compréhension évolutive des facteurs de motivation qui influencent les relations entre les sexes, il doit nécessairement y avoir des termes qui décrivent les concepts.

Alpha, Beta, Hypergamie, etc. sont tous définis par les concepts qu’ils représentent.

« L’hypergamie » est un outil qui sert des objectifs très variés, mais si l’impératif féminin découvre que la définition « plus large » de l’hypergamie devient une menace aux objectifs qu’il sert, alors il rejettera cette définition large de l’hypergamie en la qualifiant d’illégitime.  La vraie question est donc, pourquoi ce concept serait menaçant pour le féminin ? Vous pouvez délégitimer le terme, mais le concept est toujours une question opérationnelle. Pourquoi le fait de faire une définition non-restrictive de l’hypergamie est-il si offensant pour une société centrée sur les femmes ?

La conspiration qui n’en était pas une.

Une chose que beaucoup de mes critiques disent, c’est qu’en exposant ces incohérences, ces conventions sociales opérationnelles et les buts latents derrière elles, mes articles (…) semblent prendre un ton conspirationniste. Je peux pleinement apprécier cela, et cela pourrait choquer quelques lecteurs de savoir que je rejette une grande partie de la célèbre perspective des MRA à cet égard. Je suis d’accord avec une perspective MRA, dans une analyse rationnelle, dans une certaine mesure, mais il n’y a pas de grande conspiration, pas de cabale secrète mystérieuse poussant vers une perception négative de la masculinité – et c’est exactement pourquoi ce que je souligne sur ce blog est si omniprésent. Il n’a pas besoin d’un groupe unitaire « d’anti-hommes » tendus vers un but mélodramatique de domination du monde ; parce que cet idéal féminisé est déjà ancré dans notre socialisation. Le fémino-centrisme est notre conscience sociale collective.

Il n’y a pas besoin d’une direction centralisée parce que l’état d’esprit est déjà si installé et perpétué par la société dans son ensemble, qu’il est maintenant normalisé, pris pour acquis et s’auto-perpétue. Des hommes betas élevant des hommes betas amène à toujours autant d’hommes betas. Cette génération ne se rend pas compte de son propre parti-pris parce que celui-ci a été normalisé, encouragé et renforcé en eux, et en société, au cours de plusieurs générations maintenant.

Qu’est-ce qu’il y a à remettre en question, surtout quand le fait d’attirer l’attention sur la dynamique de féminisation conduit au ridicule et à l’ostracisation ?

Donc, pour répondre à la question de la conspiration : non, il n’y a pas de conspiration de l’ombre illuminati, et c’est exactement ce qui rend la féminisation le « fait par défaut », normalisé et négligé.


Source : « The Hypergamy Conspiracy » publié par Rollo Tomassi le 13 mars 2012.

Illustration : Renato Abati.