Le mariage a besoin des hommes, et non l’inverse.

Je souhaite vraiment laisser la religion, au moins au sens organique, comme un sujet dont je ne m’occupe pas dans ce blog, cependant, dans la mesure où la religion s’applique aux relations hommes-femmes, il m’est venu à l’esprit qu’il n’était pas tout à fait possible de ne pas traiter ce sujet. Depuis sa création, la communauté SS a toujours eu une politique stricte concernant les sujets spécifiquement religieux. Pour d’évidentes raisons, ces sujets ont tendance à devenir houleux, et dégénèrent rapidement en petites guerres sans réel objet. Pourtant, en ce qui concerne la façon dont la religion et le moralisme s’appliquent aux relations hommes-femmes et au marché sexuel, je pense que ce serait rendre un mauvais service que de ne pas parler de la façon dont la religion est liée à la compréhension que chaque sexe a de l’autre. Lorsque j’étais modérateur du forum SS, cela me faisait mal de devoir supprimer un fil de discussion prometteur parce que le sujet « Séduction et religion » devenait rapidement « Mon Dieu est meilleur que ton Dieu ». Donc, voici mon avertissement en ce qui concerne mon blog : chaque fois que je me plongerai dans les sujets de la religion, du moralisme, de l’éthique, ou de tout ce qui peut être interprété comme « ésotérique », comprenez que je n’aborde ces sujets que dans l’objectif de comprendre en quoi ceux-ci influencent les dynamiques sociales entre les deux sexes. Il ne s’agit jamais d’une attaque contre les croyances individuelles, mais plutôt d’une analyse critique sur la façon dont les croyances religieuses interagissent avec la réalité dans laquelle nous vivons.

Pourquoi les hommes ont besoin du mariage.

Le sujet d’aujourd’hui nous vient du pasteur Mark Driscoll. J’ai brièvement abordé les idées de Driscoll, ses propositions socioreligieuses, dans « Un homme aurait-il pu écrire cela ?  » et je l’ai mentionné dans l’article « Construire un meilleur homme Beta ». L’article de Driscoll, visiblement écrit pour faire la promotion de son dernier livre, est vraiment ironique. Cette ironie est littéralement écrite dans le titre de l’article, et je suis certain que Mark est entièrement conscient de cela. Vous pouvez lire sa vision très simpliste des relations modernes entre les sexes ; l’esprit de Driscoll est fermement planté dans le monde créé par l’impératif féminin. Rien qu’en affirmant que « les hommes ont besoin du mariage », nous voyons déjà qu’il s’agit d’humilier les hommes. Malheureusement, il n’annonce rien de nouveau, que Kay Hymowitz ou Kate Bollick n’aient déjà écrit. 

Je ne pense même pas devoir montrer à quel point Driscoll essaie de jeter des pierres sur la lune. N’importe qui, même avec une connaissance superficielle de la pilule rouge peut le voir pour ce qu’il est. Ce qui m’inquiète, c’est que lui-même ne se voit pas pour ce qu’il est. Je suis inquiet parce que je pense qu’il a un bon esprit, mais qu’il n’a aucune expérience du monde réel avec le marché sexuel, et qu’il ne sait pas qu’il fait la promotion d’une vision du monde qui, s’il savait vraiment, est à l’opposé de ce qu’il croit. Driscoll tombe dans les mêmes échecs conceptuels que la plupart des conservateurs sociaux, lorsqu’il s’agit de comprendre les relations hommes-femmes, et il révèle par là qu’il n’est qu’un instrument involontaire de l’impératif féminin. 

Driscoll veut que les hommes reviennent à un semblant de masculinité traditionnelle, avec tous les avantages et les responsabilités que ce romantisme désuet implique, mais pour arriver à cela, il emploie les principales idéologies et les outils de l’impératif féminin. Les conventions sociales qui consistent à se moquer des hommes, à appeler à leur « responsabilité », etc. il utilise les mêmes clichés que l’impératif féminin utilise pour exploiter les hommes.

Comment manipuler un homme ? 

L’une des principales méthodes pour utiliser l’honneur contre les hommes, consiste à leur demander de se comporter de manière traditionnellement masculine quand c’est commode, tout en s’attendant simultanément à revendiquer l’égalité des sexes quand c’est commode. 

Au cours des 60 dernières années, la féminisation s’est construite autour de la convention sociale parfaite pour tout ce qui consiste à exploiter le masculin : demander aux hommes d’assumer leurs responsabilités d’hommes (« Man Up ») tout en dénigrant tout affirmation de masculinité en faisant passer toute expression masculine comme négative (« Shut Up »). Lorsqu’un aspect de la masculinité sert les intérêts féminins, alors c’est la « responsabilité masculine » d’un homme, mais tout aspect de la masculinité qui n’est pas en accord avec la primauté féminine est étiqueté « Patriarcat » et « Misogynie »

En réalité, cette convention sociale fait en sorte que les hommes betas tournent constamment en rond. Au cours de leurs vies, ils sont conditionnés à croire qu’ils sont maudits avec cette masculinité « toxique » (Patriarcat), mais qu’ils sont toujours tenus responsables de « se comporter en homme » quand cela convient à un impératif féminin. Il n’est donc pas surprenant de voir que la moitié des hommes dans la société occidentale croient que les femmes dominent le monde (impuissance masculine) tandis que dans le même temps, les femmes se plaignent d’un (sentiment de) patriarcat persistant (impuissance féminine). Voilà, dans l’ensemble, la forme que prend cette exploitation de l’homme. L’homme qui prends ses « responsabilités » est un chauviniste, un misogyne, un patriarche, mais on lui demande quand même de prendre ces fameuses responsabilités dans les cas de figure où cela est utile à l’impératif féminin. 

Le point de départ du raisonnement de Mark Driscoll, c’est de placer les hommes dans un rôle d’asservissement, tout en s’attendant à ce que ceux-ci « prennent le contrôle » et soient des meilleurs hommes, dans le but de transformer ces hommes en versions « idéalisés », c’est-à-dire plus appropriés pour les femmes. Le mariage est le but et le remède à l’adolescence prolongée – en d’autres termes, si les hommes s’emploient à mieux servir l’impératif féminin, cela veut dire qu’ils sont des adultes. Extrait de l’article « Un homme aurait-il pu écrire cela ? » : 

« Dans le monde des filles, ce qui profite directement aux femmes est nécessairement présumé bénéficier aussi aux hommes, donc ce que nous voyons c’est une nouvelle vague de bloggeurs féminins vulgariser les idées portées par la manosphère et les reconditionner dans un contexte féminin. C’est le piège 2.0 : faire un effort symbolique pour « re-responsabiliser » les hommes, juste assez pour qu’ils puissent idéaliser un romantisme dans lequel leurs missions consistent à être à la hauteur des attentes des femmes ».

Sans même une arrière-pensée, Driscoll titre sa diatribe : « Pourquoi les hommes ont besoin du mariage », avec cette présomption que le mariage forcera les hommes à prendre des responsabilités. C’est là toute l’étendue de sa pensée critique, parce qu’il ne possède pas de cadre de référence réaliste au-delà de son conditionnement. Il se bat pour la « Team Woman » (un peu comme une autre bloggeuse infâme), mais il nous fait croire que c’est pour le bien des hommes. 

Assainissement de la séduction. 

Récemment, un effort des conservateurs a été fourni pour « assainir » le jeu de séduction : en s’appropriant les principes de la manosphère et en les adaptant à leurs propres récits doctrinaux : 

Une illustration de ceci peut être trouvé dans le christianisme évangélique d’aujourd’hui. Comme tant d’autres courant dans la culture chrétienne, ils sont heureux d’utiliser la popularité d’un phénomène populaire et de le reconditionner comme « casher », à cela, la manosphère ne fait pas exception. Des hommes comme Mark Driscoll et d’autres nouveaux pasteurs ont coopté des membres de la manosphère (des MRA ?) afin de « purifier » le jeu de séduction et de faire revenir les hommes dans leurs rôles de « responsables », bien disposés à servir l’impératif féminin. Cela est bien sûr très efficace pour les hommes enclins à jouer les chevaliers blancs, mais le processus et les procédés sont malhonnêtes pour les mêmes raisons que les « écrivaines pro-hommes » le sont : ils utilisent encore le « monde des filles » et l’ensemble des références fémino-centrée pour définir la perspective que les hommes sont censés suivre. 

Redécouvrir la masculinité est le nouveau but dans l’église « pertinente ». Cela se vend très bien, et en soi, ce n’est pas trop différent du point de vue de la manosphère sur le fait d’assumer le fait d’être un homme. Les similitudes s’arrêtent ici. Alors qu’il peut être cathartique de battre votre poitrine et de faire semblant de se battre comme un combattant de l’UFC à certains week-end « chrétien » pour hommes (les hommes évangéliques ont inexplicablement adopté les combats MMA depuis les 5 dernières années), le message est toujours le même : s’excuser d’avoir de la testostérone. Ils ne peuvent vraiment « posséder » leur masculinité que dans la mesure où cela ne bouleverse pas l’impératif féminin.

Ne prenez jamais les conseils sur les relations hommes-femmes au sérieux quand ces conseils viennent de gars moralistes qui n’ont jamais eu l’avantage d’avoir de l’expérience de première main avec des femmes. La compréhension évangélique des relations entre les sexes n’est fondée que sur une perspective très « insulaire » et anachronique. Par conséquent, ce qui constitue leur compréhension des relations hommes-femmes est dérivé d’une vie par procuration à travers leurs amis non ecclésiastiques, des comédies romantiques, de la lecture de statistiques qui sont en accord avec leur point de vue, le tout dans un effort pour se sentir mieux d’avoir épousé la première fille qu’ils ont rencontré au camp de l’église. Driscoll est l’illustration fantastique d’un homme qui a été entièrement hors de contact avec les changements sociaux et le marché sexuel depuis qu’il est marié.

Pour plus de lecture, Dalrock a un excellent article ici.


Source : « Why Marriage Needs Men » publié par Rollo Tomassi le 16 janvier 2012.