La malédiction de Jung.

La révolution sexuelle représente un tournant beaucoup plus important dans les événements humains que ne le pensent la plupart des gens vivant actuellement. Je suis né après la révolution sexuelle, et je présume que la plupart des participants influents impliqués dans notre discours [masculiniste] actuel d’aujourd’hui sont aussi le produit d’une acculturation post-révolution sexuelle. La grande majorité des auteurs qui écrivent consciencieusement sur les blogs de la manosphère et sur les blogs féministes sont, pour la plupart, les enfants de la restructuration sociale du genre qui a eu lieu à la fin des années 60. Dans cet esprit, je pense qu’il est important de réfléchir sur l’époque antérieure à la révolution sexuelle pour vraiment saisir la signification de ce changement, et pour comprendre comment nous en sommes venus à prendre certains aspects de notre nouvelle réalité des relations hommes-femmes comme acquise. Il est difficile de croire qu’il fut un temps où nous n’avions pas besoin de demander pourquoi les hommes étaient des hommes.

1950.

Les hommes et les femmes qui aiment à critiquer tout ce qui est vaguement pro-masculin adorent utiliser l’argument fourre-tout contre tout auteur « misogyne », en disant que celui-ci « aimerait revenir aux années 1950 ». L’épithète « misogyne » est tout aussi utile que l’épithète « homophobe » pour la simple raison que c’est une étiquette facile à coller à quelqu’un afin de disqualifier un point de vue dissident. Lorsqu’une idée est blessante ou qu’une pensée remet en cause un principe dans lequel on a investi notre Ego, il est toujours beaucoup plus facile de classer le délinquant comme quelqu’un qui utilise des modes de pensée dépassées. Si vous faites passer le point de vue de votre adversaire comme un point de vue anachronique, alors automatiquement, votre point de vue semblera plus valable simplement parce qu’il semble plus nouveau, donc plus « développé ». Mais les années 1950 représentaient-elles vraiment un certain âge d’or du masculinisme ? Qu’en est-il des années 30 ou 40, ou même du XIXe siècle ? Les féministes et les hommes féminisés ressuscitent affectueusement le spectre des années 1950 comme si cette décennie était un tournant dans l’esclavage des femmes ; un peu comme les hébreux sous le joug de Pharaon, aspirant à la terre promise. Tous les hommes qui ont eu une influence sur la société deviennent alors des caricatures de blancs de la classe moyenne – plus Archie Bunker que Ward Cleaver, mais même la bienveillance de Ward Cleaver est suspectée d’être du patriarcat passif-agressif.

Ce qui est tragique, dans ce rejet stupide d’un état d’esprit masculin, c’est qu’il présume que n’importe quel homme actuel, ou n’importe quel homme de ces trois dernières générations, peut avoir un cadre de référence réaliste sur ce qu’était la vie dans les années 1950. C’est encore plus vrai pour les femmes contemporaines qui utilisent cette association [que savent-elles vraiment des années 1950 ?], mais en reconnaissant cela, nous devons ouvrir une nouvelle boîte de Pandores. Qu’est-ce que l’impératif féminin utilise d’autre (délibérément ou inconsciemment) comme « bon sens » pour se faire connaître et s’imposer ? 

Ce que les féministes comprennent des relations hommes-femmes, et même ce que notre société féminisée dans son ensemble comprend des relations hommes-femmes, est en réalité fondé sur des anachronismes encore plus dépassés que cette prétendue époque chauviniste dans laquelle « les hommes avaient la belle vie, tandis que les femmes étaient des esclaves sans le savoir ». 

La malédiction de Jung.

Je me plonge dans de nombreux détails afin de décrire les conventions sociales féminines sur ce blog. Certaines personnes pensent qu’il est injuste de cibler uniquement les conventions féminines ; il y a après tout beaucoup d’autres conventions sociales qui s’appliquent aussi bien aux hommes. Je suis d’accord avec cela bien sûr, mais sur ce blog, l’accent est placé sur les aspects sociaux / psychologiques du jeu de séduction, et puis les conventions masculines ont déjà été (et sont encore) le sujet de, littéralement, plusieurs siècles d’analyses et d’examens. Cependant, je vais me concentrer sur une convention pour illustrer le changement culturel qui a été incité par la révolution sexuelle.

Parmi les nombreux archétypes masculins, on trouve le fait qu’un homme réserve ses émotions. Pour diverses raisons biologiques et neurologiques, les hommes sont les plus rationnels. Ce n’est pas pour leur refuser un élément émotionnel. En effet, j’ai déjà décrit les hommes comme étant les vrais romantiques, cependant, il faut ajouter que, classiquement, les hommes sont plus réservés que les femmes quand il s’agit d’exprimer l’émotion. Ce que je viens de décrire ici est l’un des principes de base de l’école de théorie psychologique de Carl Jung. Il est un peu ironique que Freud soit si vilipendé par le féminisme moderne, mais que le féminisme trouve que Jung contribue tellement aux principes fondamentaux de la féminisation de la société.

Un des éléments clés que Jung a introduit dans la conscience populaire de la culture occidentale est la théorie de l’anima et de l’animus : chaque individu, indépendamment du sexe, manifeste plus ou moins le comportement des affiliations psychologiques masculines et féminines. En 2012, quand vous entendez une fillette de 6 ans dire à un garçon de 6 ans « tu dois entrer en contact avec ton côté féminin » afin qu’il se conforme à elle, vous pouvez commencer à comprendre la portée de l’intériorisation de cette idée dans la conscience collective des sociétés. Cette théorie a été répétée et perpétuée pendant si longtemps, et si minutieusement, que nous pouvons à peine retracer ses origines – il est simplement considéré comme un fait aujourd’hui que les hommes et les femmes possèdent des degrés variables d’énergies masculines et féminines. Le féminisme de première et de deuxième génération a fondé ses prémisses psychologiques des relations hommes-femmes à partir des idées de Jung, et c’est ainsi qu’ont commencé les raisonnements qui ont poussés notre société vers la féminisation sociale que nous connaissons aujourd’hui. Les graines du centrisme féminin que nous tenons pour acquis aujourd’hui ont été plantées par un psychiatre suisse au début des années 1900.

Qu’il y ait ou non du mérite dans les idées de Jung, il y a peu de doute sur l’impact qu’elles ont eu sur le fémino-centrisme. Les premières féministes considéraient la théorie de Jung comme le tremplin idéal pour faire avancer « l’égalité des sexes » ; pour faire ainsi de l’équilibre individuel entre les sexes (c’est-à-dire l’androgynie) un nouvel état objectif idéalisé. Les hommes avaient simplement besoin d’être perfectionnés en explorant leur nature féminine « redoutée », et les femmes avaient besoin d’avoir la possibilité et la liberté de se masculiniser afin de parfaire cet équilibre androgyne. Ajoutez à cela le contrôle des naissances en faveur des femmes, fort pratique, et voilà ! L’égalité des sexes était née. 

Pensées dangereuses.

Je vais introduire un concept radical dans le paysage des discussions sur les relations hommes-femmes (domaine dont la narration est contrôlée par l’impératif féminin et la théorie jungienne depuis longtemps) : et si, après tout, c’était une bonne chose que les hommes soient masculins et que les femmes soient féminines. Et si c’était, après tout, bénéfique pour notre espèce ? Après tout, nos biologies sont complémentaires. Et si nous enseignions à nos garçons à entrer en contact avec leurs côtés masculins ? Et si le « genre » était, après tout, quelque chose de plus « naturel » que « culturel ». Et si Jung se trompait, et qu’en le laissant nous tromper, nous avions permis à l’impératif féminin de normaliser nos perceptions sur les relations hommes-femmes, depuis plus d’un siècle, sur la base d’une présomption erronée ? 

La « sagesse féministe » dominante s’accroche à cette notion, inspirée de Jung, que « le genre est une construction sociale » qui « soutient une hiérarchie patriarcale ». Tout ce que nous avons à faire, c’est de placer nos enfants dans un environnement aussi neutre que possible et la société progressera vers une norme plus idéalisée, plus humaine, androgyne. Mais cela va à l’encontre des nouvelles données que nous trouvons avec une régularité toujours croissante, à la fois dans les études cliniques, neurologiques et endocrinologiques, sur les relations entre la sexualité et l’identité de genre. Au début des années 1900, Jung n’avait même pas une fraction des connaissances que nous possédons maintenant sur « l’animal humain ». En plus de cela, nous avons plus de 100 ans de progrès dans les différents domaines de la psychologie qui n’existait même pas à l’époque de Jung. Nous avons vu l’impact social de plus de 40 ans de théorie jungienne féminisée – allons-nous sérieusement continuer à vivre selon cette idéologie, sachant qu’en plus nous sommes inconscients de l’influence de cette théorie sur la culture contemporaine ? Allons-nous permettre à l’initiateur du « jeu de séduction beta » de continuer à définir ce qui constitue la masculinité et la féminité dans notre société ?


Source : « The Curse of Jung » publié par Rollo Tomassi le 11 janvier 2012.