Construire un meilleur « homme beta ».

Pour les femmes, rien n’est à la fois plus effrayant et plus excitant qu’un homme conscient de sa propre valeur. 

J’ai reçu une tonne de commentaire en ce qui concerne mon article sur la notion de « jeu » coopté pour servir l’impératif féminin. Cela a déclenché un échange intéressant sur plusieurs blogs et forums. Tout cela m’a amené à faire un peu de recherche sur la façon dont les principes du jeu de séduction, et pas nécessairement la séduction dans la pratique, sont subvertis pour répondre à des objectifs centrés sur le féminin. Même l’idée de blog à « faux drapeau » dans la manosphère a été suggéré comme étant un moyen d’établir plus efficacement une perspective populaire spécifique aux hommes qui pourraient être considérée comme plus légitime. 

Le problème intrinsèque à tout cela c’est que la masculinité est maintenant tellement ridiculisé et délégitimé dans notre réalité centrée sur le féminisme, que toutes tentatives de subterfuges ne font que rendre la manosphère encore plus ridicule, comme une sorte de club de garçons qui se cachent en haut d’une cabane en bois pour jeter des cailloux sur les filles « matures » en bas. La manosphère semble juvénile, et ce processus fait en sorte que tout argument légitime ou tout appel à la logique semble égoïste. Cela dit, je comprends la nécessité d’être secret dans l’expression des principes qui gouvernent le jeu de séduction d’un point de vue pro-masculin. Les hommes qui écrivent dans la manosphère, qu’il s’agisse de la théorie du jeu, des PUA, des MRA ou des MGTOW, tous assument un risque horrible pour exprimer publiquement leurs vues, qu’un partisan du féminisme aurait rarement besoin d’examiner. Professionnellement, personnellement, et dans une certaine mesure, même physiquement, les blogueurs de la manosphère peignent une grande cible sur eux-mêmes, au point que très peu de gens sympathiseraient avec eux, sans être à leur tour « endommagés » pour leur franc-parler. Si cela ressemble au patriarcat, il s’agit alors de se tirer une balle dans le pied, dans un monde féminisé constitué de femmes en colères suivies de leurs sympathisants. 

Construire un meilleur homme beta.

Rien de tout cela n’est vraiment une préoccupation pour les partisans d’une culture centrée sur la féminité ; ils peuvent se reposer confortablement dans une chambre d’écho social auto-consolidée sans crainte réelle de persécution ou de risque pour leur carrière ou leur réputation. Cependant, l’utilité d’exploiter la séduction en théorie (pas dans la pratique) pour mieux servir ce centrisme féminin n’est pas passé inaperçu. Cela a donné lieu à ce que l’on pourrait appeler « la séduction infectée » – prendre les éléments primaires du jeu pour construire de meilleurs hommes beta. Avec un tel courant social écrasant qui encourage les hommes à « être de vrais hommes » aujourd’hui, il s’agit, l’air de rien, d’encourager les hommes à se servir de la pilule rouge uniquement pour se conformer aux attentes de la société fémino-centrée. Et c’est ainsi que nous voyons des concepts développés ici qui sont repris par des conservateurs, ou des femmes qui se disent sympathisantes de la manosphère, ou par des religieux, qui sont en accord avec les concepts de la pilule rouge, mais seulement dans la mesure où cela sert leurs illusions particulières. Ce qu’ils ne reconnaissent pas, c’est que malgré tous leurs efforts pour contorsionner le jeu dans leurs vues particulières, ils vivent toujours dans une réalité centrée sur l’impératif féminin. S’il y a une définition de la Matrice, c’est celle-ci.

Je dirais que la plupart, sinon tous, ne savent pas que c’est le but latent qu’ils servent. Le point primordial est de créer un homme plus acceptable pour un objectif défini par la femme, mais de ne pas vraiment autonomiser l’homme. Il n’y a pas d’opposé féminin à cela : il n’y a pas de contre-effort pour rendre les femmes plus acceptables pour les hommes – en fait, c’est même activement rejeté et décrit comme une forme d’asservissement servile. C’est l’étendue de la réalité féminine : c’est insister pour que les hommes, avec l’aide des « femmes concernées », passent leur vie à chercher des moyens pour mieux se qualifier pour recevoir l’approbation féminine. C’est le « meilleur homme beta » qu’elles espèrent créer. L’homme qui sera suffisamment Alpha quand la situation le justifie, mais assez beta pour rester soumis à l’impératif féminin. Les femmes cherchent un homme dont elles sont fières, un homme avec qui elle démontreraient leur propre qualité en demeurant leur conjointe, mais sur qui elles garderaient quand même un contrôle implicite. 

Que les raisonnements à la base de cette construction soient fondés sur la morale, le droit ou l’honneur, le résultat final est toujours le même : assurer la primauté féminine. L’argumentaire de vente, c’est « devenez une meilleure version de vous-même », mais le but latent, et secret, c’est de transformer les hommes pour que ceux-ci acceptent de mieux se qualifier pour être accepté par les femmes. Ce que les femmes ne peuvent pas concilier, c’est que les mêmes avantages qui sont inhérents au fait d’être un Alpha (quel que soit votre définition), sont aussi des traits de caractères qui rendent un homme moins soumis, et donc moins beta. C’est précisément pour cela que le vrai « jeu » ne peut pas être infecté. Cette doctrine sociale veut que vous restiez branché à la matrice : être plus Alpha, avec plus de confiance, plus de conscience, c’est être nécessairement une menace pour l’impératif féminin. « C’est génial que tous ces trucs de séduction t’ai permis de devenir un vrai homme, mais rappelle-toi qui possède le vagin ». 

L’évolution du jeu de séduction. 

Au début, le jeu de séduction avait à peu près pour objet d’accumuler des conquêtes. Pour certains gars cela ne changera jamais ; vous ne pouvez pas ignorer l’intention purement « séductioniste » des origines du jeu. Le jeu existait (existe) pour baiser, et cela est maintenant stigmatisé. C’est contre les intérêts de l’impératif féminin qu’un homme puisse avoir une sorte de secret, un système savant qui contourne les intuitions féminines (mythologiques) et les réserves naturelles des femmes. C’est un pouvoir que les hommes recherchent depuis des millénaires. Certains pourraient s’en rendre compte dans une certaine mesure parce qu’ils ont du pouvoir, de la gloire ou de la fortune, mais distribuer cette capacité figurative aux masses serait un changement de pouvoir qui mettrait les femmes à la merci des hommes. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. C’est la peur que le jeu représente pour le féminin – même l’idée que des hommes « comprennent » la nature des femmes, est une idée qui doit être ridiculisée pour éviter ne serait-ce qu’une tentative. Quand on peut « comprendre » les femmes, celles-ci perdent tout le pouvoir qu’elles auraient pu avoir sur les hommes. 

Le « jeu de séduction » a évolué et est devenu beaucoup plus qu’un ensemble de comportements reproductibles pour les hommes qui leur servaient pour baiser. Quelque part en cours de route, un homme s’est demandé pourquoi ces comportements ont provoqué des réponses si habituelles chez les femmes. Pourquoi est-ce que certains comportements et certaines attitudes déclenchaient certains mécanismes chez les femmes ? Le jeu consiste encore à baiser, mais il a progressé au-delà de la pratique. « Jeu » est maintenant un terme fourre-tout, faute de meilleure expression. Le jeu est passé à la théorie, aux principes, à la psychologie, ce qui fait de nous de meilleurs hommes, et ce qui rend les femmes « connaissables ». Il est très important que votre idée d’un « meilleur vous-même » provienne de VOUS, et pas d’un idéalisme en provenance de femmes qui ont si peur de votre nouvelle conscience qu’elles feront des efforts concertés pour vous transformer en un serviteur de leur idéal féminin. Résistez à l’idée de devenir un meilleur homme beta dans un monde de femmes, et concentrez-vous sur l’homme Alpha que vous voudriez êtes, tel que vous le définissez vous-même.  


Source : « Build a Better Beta » publié par Rollo Tomassi le 5 décembre 2011.  

Illustration : Steve Johnson.