Humanisme, béhaviorisme et amoralité.

Notre plus grand risque dans la vie, ce n’est pas de viser trop haut et d’échouer, c’est de viser trop bas et de réussir. 

Je pense que l’un des principaux problèmes que rencontrent les hommes qui prennent la pilule rouge, c’est de découvrir à quel point les motivations de chaque genre sont bruts et indifférents à toute morale. Je ne peux pas en vouloir qu’aux naïfs chevaliers blancs qui veulent que les choses de la vie s’insèrent dans leurs perspectives, car c’est quelque chose de plus que cela. Pour les hommes qui ont un certain sens de l’honneur ou du devoir, il y a toujours un besoin d’appliquer une moralité, ou une perception de la moralité. Comprendre les racines de la psychologie évolutive qui imposent des comportements par ailleurs considérés comme immoraux par rapport à leur cadre mental, est souvent une raison suffisante pour que les hommes rejettent en bloc la pilule rouge. Ils croient qu’essayer de comprendre les racines de ce comportement immoral équivaut à rationaliser un moyen de l’excuser. 

Au-delà des accusations de relativisme moral, il est toujours difficile de ne pas voir les buts latents derrière les comportements eux-mêmes – c’est la cause de nombreux conflits internes pour les hommes ayant une morale qui découvrent la pilule rouge. Dans l’article consacré aux épouses de guerre, j’ai fait valoir la propension des femmes à établir de nouveaux liens émotionnels après une rupture ou un veuvage, en ce que c’est beaucoup plus facile pour elles de rebondir après une rupture que les hommes, en raison d’une sorte de mécanisme psychologique de « syndrome de Stockholm » ancré dans le cerveau des femmes. Vous pouvez lire les détails dans l’article, mais comprendre ce phénomène permet de rationaliser les actions des femmes, souvent cruelles, sans cœur, qui pourraient très bien être considérée comme amorales, si ce n’est immorales. Il y a beaucoup d’autres illustrations de concepts « pilule rouge » qu’un homme peut trouver déplorable ou infâme. Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas simplement dire ce qu’elles veulent, et faire ce qu’elles disent ? Cela semble très inefficace d’avoir à observer le comportement des femmes afin de découvrir réellement leurs motivations. Ce qui est ironique, c’est qu’une grande partie de la « morale » que les hommes ont inventés n’avait pour fonction que pour prévenir et contrôler les comportements des femmes. 

Cela dit, je ne peux m’empêcher de voir qu’il existe chez les hommes un désir de voir les choses sous un angle moral pour cacher l’ampleur du caractère amoral de la dynamique sexuelle entre hommes et femmes. C’est un béhaviorisme brut qui entre en conflit avec le désir de trouver un sens humaniste dans le cosmos, le tout dans le domaine des relations entre les sexes. Je pourrai simplement prendre la voie la plus facile et conseiller aux hommes d’abandonner le prétexte de la moralité, car celle-ci est toujours subjective et dépend de la personne qui bénéficie des effets et des avantages de cette moralité. Mais cela n’enlève rien au désir de voir ce que nous pensons être la justice ; la clef étant le désir de justice, et pas nécessairement l’application de la justice. Bien que je puisse certainement respecter les aspirations vers des perspectives plus nobles, dans l’ensemble, cela ne sert à rien. Ce n’est que mon observation. 

Du point de vue humaniste, vous devez suivre une avancée linéaire et chronologique pour comprendre l’homme dans de nombreux domaines différents – mathématique, art, rituels, culture, science, conditions sociales, et un certain nombre d’autres « avancées » que nous avons faites depuis notre passé de chasseur-cueilleur, de notre passé tribal vers notre présent « connecté » et mondialisé. Et bien qu’il soit très satisfaisant de voir de telles réalisations comme la preuve de notre progrès, il est beaucoup trop facile d’ignorer les motivations profondes derrière ces progrès, qui sont ancrés dans l’évolution même, alors que la perspective humaniste aimerait vaincre pour toujours notre « nature ». 

Par exemple, considérons Pablo Picasso. Ce n’est pas mon artiste préféré, mais c’est l’un des artistes que les gens reconnaissent comme une personnalité considérable dans l’art. L’humaniste tiendrait Pablo comme la bannière de la réussite humaine – un artiste fantastique, qui illustre nos progrès en tant que race, et qui rend hommage au dépassement de notre passé brutal. Ce à quoi le béhavioriste demanderait : « Pourquoi l’art est-il si apprécié des êtres humains ? ». Pour répondre, nous devons revenir aux causes profondes de l’expression créative. Les hommes des cavernes ont peint des images d’animaux qu’ils avaient tués sur les murs des grottes pendant des millénaires avant que Pablo n’arrive sur scène. Maintenant, vous pouvez faire valoir que ces dessins étaient de nature communicative, mais la fonction de ces dessins était de transmettre un message – « Voici comment nous avons tué une antilope et vous pouvez y arriver aussi ». La langue découle alors de cette méthodologie et nous avons connu le progrès, mais la fonction de base de l’art, c’est de communiquer ce qui peut bénéficier à la survie de l’espèce.

Alors vous pouvez demander : « Pourquoi Pablo voudrait personnellement devenir un artiste ? ». L’humaniste répond : « pour répondre à son besoin personnel d’expression pour devenir un être accompli » et le béhavioriste répond : « pour rendre sa vie plus facile ». Je doute sincèrement que si la manifestation de l’intelligence créative n’était pas un précurseur pour la sélection sexuelle, il y aurait eu tant d’artistes à travers l’histoire. Je pourrais facilement écrire des arguments similaires pour les inventeurs célèbres, les scientifiques ou même Benjamin Franklin. Tout revient à des motivations profondes.

L’homme « accompli » se trouve toujours excité lorsqu’il regarde une Playmate Playboy indépendamment de ses convictions sur la façon dont il devrait réserver ses « sentiments » pour sa femme ou sa petite amie, afin de se conformer « moralement » à son idéal. De puissants phénomènes, comme par exemple la privation, engendreront un « conflit intérieur » en lui, et pour y remédier, il s’auto-conditionnera en conséquence. Indépendamment de la méthode, c’est toujours la racine biologique qui a été câblé dans sa tête il y a des millénaires par ses ancêtres chasseurs. Qu’il saisisse – ou non – une occasion de tromper sa femme, le désir de base de la tromper est toujours présent, et le sexe est une motivation indéniable. Une femme peut fermer les yeux et imaginer qu’elle baise Brad Pitt quand elle est avec son mari – la motivation est toujours la même.

Les deux tiers de la population américaine est en surpoids, pourquoi pensez-vous qu’il en est ainsi ? Selon l’humaniste, nous avons résolus nos besoins en chasse et en cueillette, et nous pouvons nous consacrer à des « activités supérieures », mais ici, les statistiques nous confondent. Le béhavioriste constate le phénomène de l’obésité, et remarque que notre propre psychologie évolutive nous prédispose à sur-manger puisque, dans notre passé évolutif, nous ne savions pas si nous mangerions demain ou le surlendemain (c’est pour ça que l’agriculture a été inventée je suppose). Notre corps traite les aliments de telle sorte que nous brûlons les graisses beaucoup plus lentement que les glucides, et les protéines sont réservées à la construction des muscles. Tout cela n’est qu’une manière évolutivement efficace pour nous préserver, mais maintenant que nous avons (plus ou moins) maitrisé notre environnement, et que la nourriture est abondante, notre comportement évolutif devient un inconvénient. Ce n’est pas « bien » ou « mal », c’est seulement nos mécanismes biologiques innés qui nous motivent à nous comporter d’une manière qui nous sera bénéfique. 

Chaque « vice » que vous pouvez critiquer fonctionne précisément de la même manière. Notre moralité, notre intelligence, notre sexualité, et les comportements qui se manifestent à travers eux sont tous motivés par cette même base. Ce serait une fiction agréable si nous pouvions tous enlever cela de notre conscience, et devenir des êtres éclairés, actualisés, opérant constamment dans un état de conscience supérieure, vers des fins nobles, mais cette putain de testostérone dans mon corps continue de me tirer « vers le bas », de me tirer vers la terre. Il est peut-être immoral pour une femme de rompre son engagement de mariage, de divorcer de son mari et de se remarier avec un riche entrepreneur, mais d’un point de vue comportemental et évolutif, c’est du bon sens pragmatique. 

Le problème que pose le relativisme moral à l’approche humaniste, ce n’est pas tant de reconnaître qu’il existe une motivation primitive de base à tout comportement, c’est plutôt une réticence à accepter cette motivation primitive, de l’utiliser et de vivre avec. 

Je veux courir, je veux baiser et je veux me battre – je veux sentir le sang, la testostérone et l’adrénaline dans mes veines et mes artères. Je veux aussi écrire une sonate, peindre un chef-d’œuvre et être un père aimant pour ma fille. 

Le béhaviorisme c’est l’antithèse de la doctrine qui consiste à se mettre des ailes d’anges dans le dos et de prétendre que nous avons évolué « au-dessus de tout cela ». Je n’ai pas évolué par rapport à « ça », vous non plus, et personne ne l’a fait, et nos comportements ferons de nous des hypocrites chaque fois que les conditions et l’occasion se présenteront pour saisir une opportunité [calorique ou reproductive]. Ce n’est pas que le béhaviorisme ferait de nous des animaux dans la brousse, et il ne nie pas non plus que nous sommes des gens qui peuvent s’anoblir ; le béhaviorisme accepte simplement les raisons qui nous poussent à agir, et les explore d’une façon beaucoup plus fondamentale que l’humanisme romancé. Je suis sûr que cela s’apparente à de l’athéisme pour les gens investis dans l’humanisme, mais rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. C’est simplement une approche plus pragmatique, efficace et réaliste pour expliquer le comportement.


Source : « Humanism, Behaviorism and the Amorality of Game » publié par Rollo Tomassi le 28 novembre 2011.

Illustration : Steve Johnson.