Théorie des assiettes (III). Transition.

Vous ne pouvez aider personne tant que vous ne vous êtes pas aidé vous-même.

Ce qui suit est affiché avec la permission de la personne qui m’avait sollicité pour une consultation : 

Salut Rollo, je m’appelle Akash et je suis un grand fan de vos publications. Elles sont toujours lucides, logiques et perspicaces. 

J’ai découvert la communauté il y a cinq mois après qu’une énième relation ait échouée, cette relation était caractérisée par un comportement d’homme beta de ma part. J’ai terminé cette relation avec une immense culpabilité que je ressentais parce que cette fille était une « bonne personne », je pense que j’aurais dû faire en sorte que la relation fonctionne alors même que je n’étais pas amoureux d’elle. J’ai 27 ans. 

Sur la base de vos articles, j’apprécierai vraiment vos conseils sur deux questions : 

(1) Comment tirer le meilleur de mon retour imminent à l’université en mai pour un deuxième diplôme de premier cycle ? 

(2) Comment surmonter la dissonance cognitive que je ressens au sujet de la drague des femmes en dehors de toute relation monogame, sachant que je souffre encore de conditionnement social qui m’impose de penser que je vais blesser les femmes si je poursuis principalement des relations sexuelles avec elles, et que c’est immoral de le faire ? 

Si vous souhaitez poster une réponse sur le forum, plutôt que dans un message privé, ça me va très bien, ça sera pour le bénéfice d’autres lecteurs. Je voulais vous adresser ces questions parce que je crois que je pourrai bénéficier de votre sagesse. 

Sincèrement,

Akash. 

Je vais vous donner un aperçu à partir de ce que j’ai pu recueillir de votre message, mais comprenez que ce que vous m’avez donné ici est une somme d’information assez limitée. Je ne peux que supposer certaines choses à partir de cette description très brève de votre vie, alors prenez cela en compte lorsque vous lirez ma réponse. A l’avenir, donnez-moi un meilleur compte-rendu de vos comportements d’homme beta, racontez-moi comment vos relations ont pris fin, vos antécédents familiaux, l’endroit où vous vivez et pourquoi vous êtes à la poursuite d’un deuxième diplôme. Je pourrai ainsi être plus précis et éviter les hypothèses. 

Pour commencer, vous n’êtes impliqué dans la « communauté » que depuis 5 mois, de telle sorte que la première chose que j’ai envie de vous dire, c’est qu’il faut du temps pour remodeler votre personnalité et désapprendre les schémas mentaux que vous considérez peut-être encore comme faisant intégralement partie de votre personnalité. L’un des plus grands obstacles que les hommes rencontrent lorsqu’ils cherchent à adopter l’état d’esprit de la masculinité positive, c’est de croire que la personnalité est statique et incontrôlable. Une grande partie de la mentalité qui consiste à croire « c’est comme ça que je suis, point final » vient d’un conditionnement de base, cela est presque toujours une croyance que l’on confond avec l’Ego, ce qui est courant chez les hommes qui sont probablement en détresse émotionnelle, confus et/ou frustrés. 

Comprenez maintenant que la personnalité est en fin de compte ce que VOUS en faites. Cela ne veut pas dire que les facteurs externes n’influencent pas la personnalité ; en effet, ces variables et les influences extérieures sont exactement la raison pour laquelle les hommes comme vous cherchent la communauté. Cependant, c’est vous qui déterminez ce qui est confortable pour vous et ce qui constituera les traits de caractère qui constitueront votre propre personnalité. Vous n’êtes certainement pas une ardoise vierge, mais vous avez la capacité d’effacer les morceaux que vous n’aimez pas ou qui sont inutilisables et vous pouvez réécrire de nouvelles lignes de comportements que vous aimez et qui se révèleront efficaces.

(1) Comment tirer le meilleur de mon retour imminent à l’université en mai pour un deuxième diplôme de premier cycle ?

Tout dépend de vos propres objectifs personnels. La meilleure utilisation que vous pouvez faire de ce temps est de vous consacrer complètement à la réalisation du but pour lequel vous avez décidé au départ de poursuivre un deuxième degré. Je ne peux que supposer que vous travaillez pour ce diplôme avec un résultat fixé à l’esprit, mais est-ce ce que vous voulez vraiment ? Je pose cette question parce que je connais beaucoup trop d’hommes qui ont changé le cours de leur vie pour mieux s’accommoder aux femmes dans leur vie ou pour se prémunir contre leur peur de l’insécurité et leur peur du rejet. Ce n’est pas une histoire inconnue pour moi que d’entendre parler de la façon dont un type a opté pour une certaine université ou un cheminement de carrière parce qu’il s’était convaincu lui-même que cela soutiendrait une relation qu’il avait peur de perdre ou qu’il sentait que c’était sa « responsabilité en tant qu’homme » d’être au service de l’ambition de sa copine au sacrifice de la sienne. La conclusion de ce scénario, le plus souvent, se termine par un homme amer, en colère contre lui-même avec les résultats à long terme de ses choix après que la femme qu’il avait soutenue si longtemps le laisse pour un autre homme qui, lui, en revanche, a tenu bon sur sa propre identité et son ambition – ce qui est exactement ce qui le rend attrayant.

Je ne sais pas comment ou si cela s’inscrit dans vos conditions de vie, mais laissez ce paragraphe servir d’illustration pour récupérer et remodeler votre propre personnalité. Vous seul avez le recul pour évaluer pourquoi vous avez pris certaines décisions dans votre vie. Je vous demande seulement d’être brutalement critique sur vos vraies motivations qui ont présidées à vos décisions. Peut-être est-il temps de passer en revue les raisons pour lesquelles vous avez décidé de poursuivre un deuxième degré ? 

(2) Comment surmonter la dissonance cognitive que je ressens au sujet de la drague des femmes en dehors de toute relation monogame, sachant que je souffre encore de conditionnement social qui m’impose de penser que je vais blesser les femmes si je poursuis principalement des relations sexuelles avec elles, et que c’est immoral de le faire ?

Akash, toute femme raisonnablement attirante sait que tu aimerais coucher avec elle. C’est un instinct primal, chimique et pour être franchement honnête, il n’y a rien de mal à cela. Dans certaines sectes musulmanes, les hommes sont autorisés à prendre des épouses « temporaires » pour une période déterminée en plus de leurs épouses « permanentes » tant qu’ils les soutiennent financièrement. Certains Mormons pratiquent la polygamie ouverte de la même manière. Certains hommes se marient et divorcent plusieurs fois (et soutiennent leurs ex-femmes simultanément). Toutes ces pratiques sont considérées, dans une plus ou moins grande mesure, comme morales. La dissonance se produit lorsque les rationalisations d’un comportement entrent en conflit avec les motivations qui le fonde et les stigmates psychosociaux associatifs qui s’y attachent. Désolé pour mon style ici, mais vos sentiments de culpabilité ou d’hésitation sur votre désir d’explorer des « relations multiples » ne sont que le résultat calculé et prévu par un conditionnement social très efficace qui a pour but latent de freiner une impulsion naturelle. 

Reconnaître cela est la première étape pour progresser au-delà et en fait l’utiliser (de manière responsable) à votre propre avantage. En tant qu’hommes, notre impulsion biologique est d’avoir un accès illimité à une sexualité illimitée avec des femmes portant les meilleurs attributs physiques. C’est un fait rudimentaire et à un certain niveau de conscience, les hommes et les femmes le comprennent. Aucune quantité de prosélytisme ou de conditionnement social n’effacera ce que Dieu et l’évolution ont codé en dur dans nos désirs et comportements biopsychologiques collectifs. Certes, les conventions sociales ont historiquement joué un bon rôle pour limiter cet impératif, mais elles ne peuvent jamais (ni ne devraient jamais) purger la nature, parce que, essentiellement, c’est un attribut de survie.

Je ne vais pas argumenter contre l’utilité de la monogamie absolue. Aucune autre méthode ne s’avère plus utile dans l’investissement parental et le développement d’une psyché équilibré, qu’une famille composée de deux parents de sexe opposé. Je pense qu’il est nécessaire d’ajouter ici que je ne suis absolument pas convaincu que l’identité de genre est exclusivement un ensemble de comportements appris, ce que beaucoup, dans le courant dominant, essaierait de nous faire croire. Il y a tout simplement trop de preuves biologique pour nier la différence des sexes, et il faut accepter qu’un enfant (et plus tard un adulte en bonne santé) apprenne la saine différence entre le masculin et le féminin. 

Les genres étaient censés être complémentaires, pas contradictoires. Je ne tolérerais certainement jamais l’infidélité basée sur ce seul principe car il semble le plus bénéfique pour les adultes en bonne santé. C’est quand cette monogamie saine devient assombrie par l’enfant, l’émotion et les romantismes précaires avec des attentes irréalistes, qu’il devient nécessaire pour un homme de cultiver une attitude orgueilleuse (« c’est moi l’homme, c’est moi le prix »). L’adoption de cet état d’esprit élargit sa sélection d’opportunités à son plus grand avantage avant que l’homme s’engage dans une relation monogame. En d’autres termes, si vous sacrifiez essentiellement votre capacité à poursuivre votre impératif biologique (l’accès illimité à une sexualité illimitée), pragmatiquement, vous voudrez choisir un partenaire de la plus haute qualité à partir du plus large bassin de potentiel que vous êtes capable d’attirer.

L’inconvénient de cette proposition est double. Tout d’abord, votre capacité à attirer un bassin important de « demandeuse » de qualité est limitée par les facteurs que vous avez immédiatement à disposition. À 37 ans, si tout se passe bien, vous serez plus stable financièrement et plus mature que vous ne l’êtes à 27 ans. L’Akash de 37 ans sera, en théorie, plus attrayant pour une perspective à long terme que l’Akash de 27 ans. Deuxièmement, la valeur sexuelle des femmes diminue à mesure qu’elles vieillissent, ce qui signifie qu’il n’y a aucune garantie que votre belle femme de 27 ans, une fois mariée, restera ainsi à 37 ans. En fait, il y a des chances qu’elle devienne moins belle, vive, etc. Tout cela rend le pari de votre impératif biologique sur la monogamie d’une importance critique et cela mérite donc la sélection la plus large possible.

Les hommes vivent et meurent littéralement selon leurs options, il va de soi qu’ils devraient envisager une période prolongée dans leur vie où ils seraient prêts à explorer le plus d’options possible, tout en se développant et en s’améliorant en même temps avant de s’engager dans une relation monogame. 

Et c’est précisément là que la plupart des hommes échouent. Ils adhèrent à des artifices sociaux (comme le concept d’âme sœur par exemple) qui ne sont guère qu’un moyen de coercition psychologique pour leur inculquer une volonté de s’engager dans une relation monogame, indépendamment de leur niveau de maturité personne ou de succès personnel (et je ne parle pas uniquement de succès financier). Les plus tristes, les hommes standards, lambda, beta, sont les hommes pitoyables qui croient à ces artifices dans le mariage et même jusque dans la vieillesse sans jamais comprendre qu’ils avaient plus de potentiel qu’ils ne croyaient, un potentiel qu’ils ont gaspillé en raison d’une incapacité à voir au-delà de ces artifices sociaux et alors qu’ils n’ont pas su apprendre à être sélectif sur la base de l’expérience.

Un homme vraiment puissant garde jalousement ses ressources les plus précieuses : son indépendance et sa capacité à manœuvrer. En d’autres termes, ses options et sa capacité à les exercer. Le vrai pouvoir ce n’est pas de contrôler les autres, mais la mesure dans laquelle vous contrôlez le cours de votre propre vie et vos propres choix. L’engagement envers quoi que ce soit est ce qui limite TOUJOURS cela. Quand vous franchissez une porte, cent autres se ferment derrière vous. Tu es libre de faire ce que tu veux, n’est-ce pas ? Vous pouvez toujours quitter un emploi, divorcer d’une femme, changer d’école, etc. Mais combien d’hommes connaissez-vous qui sont ce qu’ils sont aujourd’hui en raison de leurs propres actions réelles, sans avoir été entravé par une femme, des enfants, une petite-amie, des parents ? En comparaison, combien de type connaissez-vous qui restent consciencieusement à un emploi sans issue qui est lentement en train de les tuer parce que c’est mieux que de faire face aux conséquences et aux réactions que cela aurait sur sa famille ? Sont-ils libres d’arrêter de fumer ? Bien sûr, mais pas sans un impact sur leurs familles et leurs relations.

Alors, où cela vous laisse-t-il ? Vous avez 2 chemins, tel je le constate. Vous pouvez draguer et explorer vos options avec plusieurs relations à long terme et, si vous décidez de devenir sexuellement impliqué, faites-le tout en maintenant la non-exclusivité avec vos copines. Désapprenez les attentes que vous avez été conditionné à accepter à travers les artifices sociaux (qui ne bénéficient qu’aux femmes) et explorez vraiment vos possibilités tout en améliorant de vos propres conditions de vie, afin de devenir monogame à un moment ultérieur. Ou alors, vous pouvez rester dans votre doctrine morale (il n’y a pas de honte à cela) et draguer toujours non-exclusivement, et explorer vos options pendant que vous continuez à vous améliorer, avec la mise en garde que vous savez que vous vous limitez en terme d’expérience. Je ne dénigre pas ce choix, mais beaucoup trop d’hommes persévèrent dans leurs volontés de « tenir » leur décision, ils négligent alors les défauts majeurs de leur épouse, avec qui ils se marient quand même, parce qu’ils s’imaginent que le plus important c’est d’avoir une vie sexuelle stable. Mieux vaut ne pas être convaincu que de prendre des décisions précipitées qui changeront votre vie.

Et peut-être que ce n’est même pas ce que vous recherchez ? Je ne sais pas si c’est une conviction religieuse ou un artifice social intériorisé qui est la cause de votre hésitation, mais n’est-il pas intéressant que les deux sont si étroitement associés ? Je connais des athées dévots qui croient encore au mythe de l’âme sœur. La plupart des femmes (et beaucoup trop d’hommes) me regardent comme si j’avais nié l’existence de Dieu quand je développe les raisons pour lesquelles je pense que leur fantasme de l’âme sœur est psychologiquement dommageable à l’échelle sociale.

Peu importe, quelles que soient vos raisons, les femmes ne devraient jamais être qu’un compliment à la vie d’un homme, jamais le centre de la vie de celui-ci. Quand tu commences à vivre pour une femme, tu deviens cette femme. Ne compromettez plus jamais votre propre identité pour recevoir l’approbation (en constante évolution) qu’elle vous accorde (et qu’elle peut vous retirer pour un caprice hypergamique). Vous devez être le « prix » en tout temps, pas seulement pendant que vous êtes célibataire. En fait, il est impératif que vous restiez ainsi dans une relation à long terme. Ma suggestion pour vous c’est de ne même pas entretenir l’idée de la monogamie, jusqu’à ce que vous soyez établi dans votre carrière depuis au moins 2 ans, après avoir terminé vos études. Jouer sur le terrain, faites ce qui vous chante, mais ne vous engagez pas, même avec une petite amie. Prenez plutôt un engagement envers vous-même : promettez-vous que vous ne laisserez jamais vos émotions et votre condition psychologique sur la monogamie vous dicter à votre place vos objectifs, et la façon dont vous les atteindrez. 

C’est aussi cela l’intérêt personnel : vous ne pouvez aider personne tant que vous ne vous êtes pas aidé vous-même. 


Source : « Plate Theory III: Transitioning » publié par Rollo Tomassi le 3 novembre 2011.