Compensation.

L’une des normes physiques les plus exigées par les femmes est la taille de l’homme. Il y a d’innombrables articles qui traitent de cette question, mais je pense que pour la plupart, il nous suffit d’observer dans le « monde réel ». Je dois également ajouter que c’est une caractéristique qui est au cœur de la théorie de la correspondance sociale en ce que les humains sont sensibles à l’asymétrie et aux déséquilibres. 

Maintenant, avant qu’on me dise à bien des égards que « ce n’est pas toujours le cas » ou le célèbre « toutes les filles ne sont pas comme ça », permettez-moi de commencer par dire que ce n’est pas l’objet de cet article. Je ne veux pas débattre des raisons pour lesquelles les femmes préfèrent un compagnon plus grand. Non, ce dont je veux parler, c’est de la racine de l’infâme « maladie de l’homme petit ». Oui, je suis sûr que vous savez de quoi je parle, de la célèbre « compensation de l’infériorité » de l’homme de petite taille. Vous en connaissez certainement, un petit homme toujours à salle de sport. Une attitude de « bad boy », toujours en compagnie de grands types (car ils sont tous presque plus grand que lui) et qui a un Ego immense. Vous voyez ? 

Mais si vous pensez que ce n’est limité aux petits hommes (ou aux petites femmes), vous faites une erreur. Vous voyez, à bien des égards, nous compensons tous des lacunes. J’ai récemment vu une publication sur internet qui demandait pourquoi les hommes mentent, et cela m’a fait penser : « mais pourquoi mentons-nous, que soyons homme ou femme ? ». Je me suis également questionné sur la nature de la personnalité et de l’identité, et de la façon dont celles-ci peuvent changer selon les circonstances. Je pense que c’est une erreur de notre part de croire que la personnalité est statique, immuable. 

Un truisme simple que beaucoup de gens aiment utiliser comme clause d’évasion pratique c’est la notion de « soyez juste vous-même ». C’est, bien sûr, ce que disent les personnes pour donner un conseil quand ils ne savent pas quoi dire d’autre. Compte tenu de cela, qu’est-ce qui rend un changement de personnalité « véritable » ou « sincère » ? N’importe lequel d’entre nous avons connu une personne qui a commencé à agir différemment à un moment donné de sa vie. Cela peut être le résultat d’une sorte de tragédie ou de traumatisme (pensez au syndrome post-traumatique) mais cela peut aussi être un individu qui a ressenti le besoin de changer fondamentalement sa façon de voir les choses et qui a commencé à opérer des changements dans sa vie. Habituellement, dans ce dernier cas, nous interprétons cela comme des « poseurs » ou des personnes qui ne font qu’un essai, en essayant de devenir quelque chose qu’ils ne sont pas. Ce changement se reflète dans leur apparence, leurs pratiques régulières, leurs amis ou les gens avec qui ils décident de s’associer, leurs attitudes, leurs comportements, etc. Et c’est ce qui est choquant pour les personnes qui les connaissent personnellement. 

D’après les 48 lois du pouvoir : 

Loi n°17 : Soyez imprévisible.

L’homme est féru d’habitudes, surtout chez autrui. Quand vous ne surprenez plus personne, vous donnez aux autres l’impression qu’ils vous ont percé à jour. Renversez la situation : soyez délibérément imprévisible. Un comportement sans rime ni raison déstabilisera les gens, ils s’épuiseront à faire l’exégèse de vos actes. Cette stratégie peut intimider, voire même susciter la terreur.

Ce qui nous fait douter de la sincérité d’un changement personnel, c’est ce qui en est la cause. Si le changement qu’un homme opère sur lui-même est perçu comme positif, nous sommes moins enclins à douter de l’ingéniosité de ce changement. Mais si ce changement entre en conflits avec nos propres intérêts, quand cela va à l’encontre de ce que nous attendions de l’individu, c’est là que nous doutons de la sincérité du changement. Nous disons alors : « mon ami, arrête d’essayer de devenir quelque chose que tu n’es pas », nous démolissons les changements, nous nous replions sur des platitudes du style « reste toi-même » parce que le changement de notre ami entre en conflit avec nos interprétations. Et dans ce même mouvement, nous cherchons les raisons pour lesquelles une personne désirerait changer, et nous en venons à nous demander : Que compensent-ils ? Il peut être assez drôle de présumer que quelqu’un qui conduit une voiture exceptionnelle sur l’autoroute est une personne qui « compense » pour un « petit pénis », mais la racine de cette « compensation présumée », c’est ce qui nous met nous-même mal à l’aise avec nos propres compensations. 

C’est déjà une tâche difficile pour un individu d’évaluer de manière critique sa propre personnalité, et c’est encore plus critique d’effectuer un changement sur soi-même, mais l’insulte finale, c’est d’être en face de personnes qui doutent de la véracité de vos changements. Ce que les autres ne remarquent pas, c’est qu’à un moment donné, dans le développement de leur propre personnalité, ils ont eux-mêmes dû compenser leurs carences, leurs mécontentements, et ils ont été obligés de grandir et de mûrir. Il s’agit d’un obstacle gigantesque pour les hommes moyens un peu frustrés qui veulent devenir plus qu’ils ne sont déjà. Sur le forum SS, nous avons toujours appelé ça « devenir un DJ (Don Juan) » mais cela n’englobe pas l’ensemble de la maturation. J’aime le terme de « masculinité positive », mais le nœud dans tout cela, c’est l’ingéniosité réel du changement. Pourquoi changez-vous ? 

Il y a ce dicton en vertu duquel les hommes moyens frustrés sont comme une bande de crabes dans un tonneau. Dès qu’il y en a un qui est sur le point de grimper et de s’échapper, il y en a toujours une demi-douzaine prêts à le ramener en bas du tonneau. Ajoutez à cela le doute qu’ils ont sur eux-mêmes, qui résulte d’un conditionnement social (qui lui dit de rester le même), de ne pas aspirer à plus, qu’il fait déjà tout bien, il n’est pas étonnant que n’importe quel homme devienne un DJ. Cela a été appelé le « CockBlock Sociétal » : les gens disent aux hommes qu’ils « compensent », et d’une certaine façon, ils ont raison, mais pour la mauvaise raison. Les compétences en séduction, la psychologie du Don Juan, la masculinité positive sont toutes des compensations pour diverses carences. Les coaches en séduction enseignent un ensemble de comportements et de scripts qui servent à masquer un déficit. Ce qu’ils ne voient pas, c’est le véritable désir de changer et les raisons de celui-ci.

Quand nous compensons, nous improvisons, nous simulons jusqu’à ce que nous maitrisions, mais qui détermine le moment à partir duquel nous ne faisons plus semblant ? C’est nous-même. J’ai lu toutes sortes d’articles doutant de la capacité d’une personne à intégrer un « jeu naturel » dans sa personnalité. C’est un processus d’intériorisation, à coup sûr, mais il advient un point de transition où la réponse par défaut d’un homme devient le jeu. C’est ce qu’il est maintenant.


Source : « Compensation » publié par Rollo Tomassi le 11 octobre 2011.  

Illustration : Lady Escabia