Théorie de la correspondance sociale.

Comment repère-t-on un homme riche ? Lorsque vous voyez un homme obèse ou très vieux aux bras d’une ravissante jeune femme, vous savez que celui-ci possède un compte en banque qui lui permet de fréquenter d’aussi belles jeunes filles…Pourquoi cette idée est connue ? Parce que les êtres humains, comme d’autres animaux d’ordre supérieur, peuvent, de manière innée, faire des comparaisons sans même y penser, à un plan inconscient. Nous pensons a priori qu’un homme laid, obèse ou vieux ne peut être en couple avec une belle jeune femme uniquement s’il est riche, parce que nous voyons un déséquilibre flagrant dans ce couple, dont l’un est incomparablement moins beau que l’autre. Parce que nous voyons un système (un couple), nous voyons un déséquilibre dans ce système (une femme trop belle pour lui), et nous en tirons des conclusions déductives sur les conditions individuelles de chacun des membres du couple (« il doit être riche… »). C’est cela, la théorie de la correspondance sociale.

Cette théorie se formule ainsi : toutes choses étant égales par ailleurs, un individu aura tendance à être attiré par (et à se mettre en couple avec) une personne qui est du même degré d’attractivité physique que lui-même. C’est un peu de la psychologie sociale, qui décrit la dynamique du marché sexuel (en dehors des variables, telles que la séduction, le statut social, l’argent). 

C’est une théorie qui peut s’appliquer dans de nombreuses cultures et sociétés différentes. Le problème, avec cette théorie, c’est le segment de phrase : « toutes choses étant égales par ailleurs » … puisque les « choses » sont justement rarement « égales ». Dans cet article, il n’est pas question de considérer que l’attraction physique et la séduction se produisent sans être influencés par d’autres facteurs. Cette théorie illustre plutôt un principe psychologique et biologique qui opère inconsciemment, et dont les conséquences s’observent à la fois d’un point de vue personnel et d’un point de vue culturel. 

Il s’agit de répondre aux questions « pourquoi les femmes peuvent-elles être infidèles ? » ou « Pourquoi les hommes ne sont-ils attirés que par les belles jeunes femmes ? » : parce que les êtres humains sont construits pour faire des comparaisons entre leurs semblables afin de faciliter leur survie et prendre soin de leurs enfants. Notre capacité à faire des comparaisons nous a servi en tant qu’espèce pendant des millénaires, à tel point qu’elle est devenu une capacité autonome, inconsciente, innée. D’un point de vue évolutionniste (et survivaliste), nous savons qu’il vaut mieux manger un grand fruit plutôt qu’un petit… pour une raison très simple ! Parce que nous voulons ce que notre biologie veut, nous souhaitons ce que notre corps souhaite ! Notre biologie nous oblige à développer un idéal mental à atteindre, car ce qui permet de mieux satisfaire nos besoins. 

L’attraction physique et la séduction ne se produisent pas sans être influencés par d’autres facteurs ; la théorie de la correspondance sociale n’a pas pour objet le processus d’attraction en lui-même, mais plutôt les motivations qui y conduisent. De nombreux hommes s’interrogent sur l’importance de la musculation, du statut social, de l’argent… et ils ont raison. Ces facteurs doivent être pris en compte. Un homme en surpoids ne pourra séduire une « fitness-girl » seulement si certaines circonstances, uniques, influencent en sa faveur.

Toutes choses étant égales par ailleurs… niveaux socio-économiques, niveaux d’études, niveaux de maturité émotionnelle… Vous aurez tendance à être attirés par des personnes qui vous sont physiquement similaires. C’est ce que de nombreux hommes et femmes se disent lorsqu’ils pensent de quelqu’un qu’il ne « joue pas dans la même division ». Lorsqu’ils s’estiment « inférieur » à un partenaire potentiel, ils considèrent qu’il serait improbable de se mettre en couple, sous peine de paraître trop différents l’un à côté de l’autre. Ils s’auto-perçoivent de ce déséquilibre et se limitent à des « meilleures » opportunités, c’est-à-dire des opportunités qui ont une meilleure probabilité de succès. 

Pensez de nouveau à l’exemple qui figure en début de cet article : un homme trop gros ou trop moche en couple avec une ravissante jeune femme. Vous vous dites peut-être que cette femme n’en a qu’après l’argent de l’homme auprès de qui elle se trouve. Cette pensée est inspirée par une compréhension innée de la théorie de la correspondance sociale. Sinon, pourquoi une femme attrayante, en bonne forme physique, pourrait se mettre en couple avec un homme souffrant d’obésité certaine ? existe-t-il une autre explication ? Ou une autre variable dont nous n’aurions pas connaissance ? Les femmes se diront certainement que la jeune fille n’est pas véritablement intéressée par cet homme, et qu’elle « l’aime » pour son argent. C’est superficiel ? Peut-être, sans doute, certainement, mais cela illustre surtout cette capacité instinctive de faire des comparaisons, que nous possédons de manière innée alors même que nous ne savons rien sur les circonstances individuelles qui ont conduit cet homme et cette femme à se mettre en couple. Peut-être, après tout, que cette jeune femme aime réellement cet homme trop vieux ou trop gros, peut-être qu’elle est sincèrement attirée par lui… mais ce n’est pas notre première impression, loin de là ! Il nous faut, au contraire, lutter contre notre première impression, parce que notre première impression, innée, consiste à tout comparer de manière automatique et inconsciente. C’est notre défaut naturel d’être humain. 

La théorie de la correspondance sociale est également l’une des fondations du phénomène des « incels » (ou « célibataires involontaires ») et de l’amour non-réciproque. La crainte naturelle du rejet, associé à ces deux phénomènes découle d’une compréhension subconsciente de cette théorie. C’est en effet cette théorie qui vous fait dire, après une rupture : « je ne retrouverai jamais un meilleur homme / une meilleure femme que cette personne », alors que c’est une autolimitation. En d’autres termes, il devient préférable pour un homme de rester dans une relation insatisfaisante s’il s’imagine que la personne avec qui il se trouve en couple est bien supérieur à lui physiquement et socialement. En quelque sorte, les abus répétés d’un partenaire idéalisé deviennent préférables à un rejet d’une personne normale, non-idéalisée. 

La théorie de la correspondance sociale n’est pas immédiatement applicable et ne recèle aucune application concrète. Elle n’est qu’une des notions qui permet de se faire à l’idée de l’existence d’un marché sexuel. Certaines féministes vous diront que la notion même de « marché sexuel » ne devrait même pas exister dans notre société. La plupart des féministes n’iront pas jusqu’à nier l’existence ou la dynamique du marché sexuel, elles se contenteront de dire qu’il s’agit là d’une conception archaïque et déshumanisante de l’homme et de la femme. Ne croyez pas celles-ci : les concepts de « marché sexuel » et de « valeur sur le marché sexuel » existent, certains s’y développent avec succès, d’autre non. Le rejet de ces concepts, où la volonté d’en altérer l’existence par la « déconstruction » ou la « sociologie » est absurde, même si l’on est bien obligé de reconnaître que c’est un marché « dur » (c’est-à-dire un marché dans lequel la concurrence et les inégalités sont très difficiles pour certains agents). Il est facile d’opposer un contre-argument à cette vision quelque peu défaitiste : l’existence du marché sexuel nous a permis, en tant qu’espèce, d’arriver au point de développement que nous connaissons aujourd’hui. 


Source : Social Matching Theory, publié par Rollo Tomassi le 27 septembre 2011.