L’insécurité des hommes français quant à leur paternité crée « une société du doute ».

Imaginez un père français angoissé se faufilant la nuit dans une chambre pour arracher une mèche de cheveux, ou cajolant un nourrisson pour obtenir une trace de salive, ou essayant d’obtenir un petit bout d’ongle. Cela peut sembler mélodramatique, mais il est prouvé que des milliers de Français commandent chaque année des tests de paternité génétique à des laboratoires étrangers.

« Cela m’a permis d’avancer dans ma relation avec mon enfant », a déclaré un père anonyme à la télévision France 2 le 28 mai dernier. « Si je ne l’avais pas fait, je serais encore en train de me demander si je suis le père ».

Les tests de paternité ont été interdits en France il y a 15 ans. Si les douanes françaises interceptent des échantillons ou des résultats d’ADN dans les courriers, les auteurs risquent en théorie jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende. Le 6 mai, le Conseil d’État français a maintenu la loi, déclarant qu’il ne voulait pas « bouleverser le régime français de la filiation » et que l’intention du législateur était de préserver « la paix des familles ». Le 15 mai, le Bundesrat allemand a adopté une mesure similaire.

Pourtant, les tests sont largement disponibles sur internet, et seraient en vente libre aux États-Unis.

Si vous tapez sur Google « tests de paternité », vous trouverez 1 180 000 entrées, dont la première propose un test à Dublin pour 259 euros en cinq jours.

Selon le professeur Jean-Paul Moisan, directeur de l’Institut génétique de Nantes Atlantique, entre 10 000 et 20 000 Français achètent chaque année des tests de paternité sur Internet.

Le laboratoire suisse Gentest a déclaré au Journal du Dimanche que 60 % des quelque 3 000 tests génétiques qu’il effectue chaque année sont commandés par des Français. Le laboratoire espagnol DNA Solutions a déclaré que 80 % de ses 2 500 clients annuels sont français.

Nadine Morano, ancienne ministre déléguée à la famille, affirme que les tests étrangers ne sont pas fiables et met en garde contre « l’impact psychologique des résultats ». Elle a évoqué le danger que « si tous les pères commencent à se demander s’ils sont vraiment les pères de leurs enfants, nous entrons dans une société du doute qui met en péril la famille ».

En France, les tests de paternité ne peuvent être effectués que sur ordre d’un juge et avec le consentement des personnes concernées. Environ 1 500 tests sont effectués légalement en France chaque année.

Mater certissima, pater semper incertus (la maternité est certaine, le père est toujours incertain) disait l’ancien droit romain. Selon la revue médicale britannique The Lancet, un enfant sur 30 n’est pas la progéniture biologique de son père présumé. En France, un pays où l’infidélité est plus souvent considérée comme un plaisir que comme un péché, le pourcentage pourrait être plus élevé.

Les psychologues et anthropologues français affirment que la filiation est une question de reconnaissance aux yeux de la société, et non de biologie.

Par exemple, la première dame, Carla Bruni, disait que feu Alberto Bruni Tedeschi était son père, car « le père est celui qui donne le nom ». Mais elle est proche de Maurizio Remmert, son père biologique.

Un exemple plus sérieux de l’énigme de la paternité en France est le cas de Julien Charnolé, dont la compagne a affirmé que la fille qu’elle a eue il y a trois ans était le résultat d’un viol et a fait adopter le bébé.

Charnolé a appris plus tard par le juge chargé de l’enquête sur le viol qu’un test ADN prouvait qu’il était le père biologique. Le 28 mai, un tribunal français a décidé que l’adoption était irréversible, dans l’intérêt de l’enfant.

M. Charnolé dit que chaque fois qu’il croise une petite fille dans la rue, il se demande si elle est de lui. Il a fait appel de la décision du tribunal.


Source : « French men’s insecurity over paternity of offspring creating ‘a society of doubt’ ».